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Décision de justice

Tribunal judiciaire de Saint-Pierre de La Réunion, Ctx de la protection, 17 août 2026, n° 25/03936

Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire)ContratsBaux d'habitation
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Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE :

Par contrat du 30 mai 2022, la Société d’Équipement du Département de la Réunion (ci-après la SEDRE) dûment représentée par son représentant légal a donné à bail à Mme [V] [I] [K] [S] un logement situé [Adresse 5], pour un loyer mensuel de 374,34 euros, hors charges.

Invoquant l'existence de loyers demeurés impayés, la SEDRE a fait signifier le 17 juillet 2025 un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au contrat de bail et précisant son intention de s’en prévaloir à défaut de paiement de la somme due dans le délai de deux mois, hors coût de l’acte.

Par acte de commissaire de justice du 08 octobre 2025, la SEDRE a saisi le juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de Saint-Pierre pour, sous le bénéfice de l'exécution provisoire :
faire constater l’acquisition de la clause résolutoire, être autorisée à faire procéder à l’expulsion sous astreinte de Mme [V] [I] [K] [S],obtenir sa condamnation au paiement de l’arriéré locatif, d’une indemnité mensuelle d'occupation, de dommages et intérêts et, en plus des dépens, de la somme de 350 euros en application de l’article 700 du Code de procédure civile.
Les parties ont été convoquées à l’audience du 26 janvier 2026 lors de laquelle la SEDRE, représentée par son conseil, a maintenu l’intégralité de ses demandes dans les termes de son assignation.

Mme [V] [I] [K] [S] a comparu en personne et reconnu le montant de la dette locative mais a demandé à pouvoir se maintenir dans les lieux en sollicitant les plus larges délais.

Elle fait valoir qu’elle a rencontré des difficultés financières et qu’elle a priorisé le paiement d’autres impayés au détriment de son loyer.

Elle déclare être sans emploi et percevoir la somme de 900 euros au titre du Revenu de solidarité active (RSA). Elle dit assumer la charge d’un enfant et ne plus avoir de dette ni crédit.

La réouverture des débats a été ordonnée le 16 mars 2026 et l’affaire a été appelée une dernière fois à l’audience du 22 juin 2026 lors de laquelle la SEDRE a précisé que la dette locative s’élevait désormais à la somme de 5 096,00 euros, hors dépens.

Aucun diagnostic social et financier n’a été adressé au tribunal avant l’audience.

La décision a été mise en délibéré au 17 août 2026.

Motifs

MOTIFS DE LA DÉCISION :

SUR LA RECEVABILITE DE L'ACTION EN RESILIATION ET EN EXPULSION

En application de l’article 24 III de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dans sa rédaction en vigueur le 29 juillet 2023, à peine d'irrecevabilité de la demande, l'assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence de le commissaire de justice au représentant de l'Etat dans le département au moins six semaines avant l'audience, afin qu'il saisisse l'organisme compétent désigné par le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées, suivant la répartition de l'offre globale de services d'accompagnement vers et dans le logement prévue à l'article 4 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée.

En l'espèce, une copie de l’assignation a été notifiée à la Préfecture de [Localité 1] par voie dématérialisée le 09 octobre 2025, soit au moins six semaines avant l’audience.

Par ailleurs, l'article 24 II de la même loi, dans sa rédaction en vigueur le 29 juillet 2023,prévoit que les bailleurs personnes morales autres qu'une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu'au quatrième degré inclus ne peuvent faire délivrer, sous peine d'irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l'expiration d'un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d'impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d'assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation. Cette saisine, qui contient les mêmes informations que celles des signalements par les huissiers de justice des commandements de payer prévus au I du présent article, s'effectue par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information prévu au dernier alinéa de l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée.

En l'espèce, la SEDRE justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 31 juillet 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 08 octobre 2025.

L’action est donc recevable.


SUR L'ACQUISITION DES EFFETS DE LA CLAUSE RESOLUTOIRE

Selon l’article 1103 du Code civil, les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.

L’article 1353 du même code dispose que celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver et, réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.

L’article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989 précise que le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.

Enfin, l'article 24 I de la même loi, dans sa version applicable au présent litige, dispose que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.

En l'espèce, ces dispositions d’ordre public sont respectées. 

En effet, le bail conclu le 30 mai 2022 contient une clause résolutoire et un commandement de payer visant cette clause et reproduisant l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 et l’article 6 de la loi du 31 mai 1990 a été signifié le 17 juillet 2025, pour la somme en principal de 983,33 euros. 

Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 17 septembre 2025.


SUR LA DEMANDE EN PAIEMENT DE L'ARRIERE LOCATIF

En application de l'article 24 V de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, le juge peut d'office vérifier tout élément constitutif de la dette locative.

L’article 441-9 du Code de la construction et de l'habitation dispose que l'organisme d'habitations à loyer modéré demande annuellement à chaque locataire communication des avis d'imposition ou de non-imposition à l'impôt sur le revenu et des renseignements concernant l'ensemble des personnes vivant au foyer permettant de calculer l'importance du dépassement éventuel du plafond de ressources et de déterminer si le locataire est redevable du supplément de loyer, que le locataire est tenu de répondre à cette demande dans un délai d'un mois, qu’à défaut et après mise en demeure restée infructueuse pendant quinze jours l'organisme d'habitations à loyer modéré liquide provisoirement le supplément de loyer.

En l'espèce, les suppléments de loyer appliqués par la SEDRE seront écartés du calcul de l'arriéré, faute pour la bailleresse de justifier du respect de la procédure prévue à l'article L. 441-9 du Code de la construction et de l'habitation.

Il faut rappeler que les frais de recouvrement entrepris antérieurement à la présente instance et sans titre exécutoire restent à la charge du créancier lorsqu’ils concernent un acte dont l’accomplissement n’est pas prescrit par la loi en vertu de l’article 32 de la loi du 9 juillet 1991, devenu l'article L. 111-8 du Code des procédures civiles d'exécution.

Par ailleurs, le coût des actes prescrits par la loi sera recouvré au titre des dépens de l’instance et ne saurait donc être intégré à l’arriéré locatif. 

La SEDRE produit un décompte démontrant que Mme [V] [I] [K] [S] restait devoir, après soustraction des frais de poursuite (548,93 euros) et des pénalités injustifiées (137,16 euros), et compte tenu du paiement de la somme totale de 1 100,47 euros intervenu entre le 22 septembre 2025 et le 09 juin 2026, la somme de 249,16 euros à la date du 17 septembre 2025.

Mme [V] [I] [K] [S] qui ne conteste d'ailleurs pas le montant dû, sera par conséquent condamnée au paiement de cette somme à la SEDRE, avec intérêts au taux légal à compter de l'assignation du 08 octobre 2025.


SUR LES DELAIS DE PAIEMENT ET LA SUSPENSION DES EFFETS DE LA CLAUSE RESOLUTOIRE

En application de l'article 24 V de la loi n° 89-462 du 06 juillet 1989, dans sa version en vigueur le 29 juillet 2023, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. 

Selon l'article 24 VII de la même loi, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que le locataire ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés. 

En l’espèce, compte tenu de l’absence de reprise du paiement intégral du loyer et des charges au jour de l’audience, et de la situation personnelle et financière exposée à l’audience qui n’est en outre pas justifiée, Mme [V] [I] [K] [S] sera déboutée de sa demande de délais de paiement suspensifs des effets de la clause résolutoire. 

En conséquence, l’expulsion de Mme [V] [I] [K] [S] sera ordonnée dans les conditions rappelées au dispositif du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire de prononcer l'astreinte sollicitée dès lors que le recours à la force publique s'avère une mesure de contrainte suffisante.


SUR L'INDEMNITE D'OCCUPATION

L’indemnité d'occupation constitue la contrepartie de la jouissance des locaux dont le bail a pris fin et la compensation du préjudice résultant pour le bailleur de la privation de la libre disposition des lieux.

En occupant sans droit ni titre les lieux auparavant loués depuis la résiliation du bail effective le 17 septembre 2025, Mme [V] [I] [K] [S] cause un préjudice au bailleur qui sera réparé par le versement d'une indemnité d'occupation mensuelle - égale au montant du loyer et des charges qui auraient été exigibles si le bail n'avait pas été résilié - soit 470,29 euros, payable donc à compter du 18 septembre 2025 et jusqu'à la date de la libération effective et définitive des lieux, remise des clés comprise, et révisable annuellement en fonction de la variation annuelle du dernier indice de révision des loyers connu à la date de révision publiée par l'Insee.

Les indemnités d’occupation déjà échues mais impayées au jour de la présente décision produiront intérêts au taux légal à compter de la date de celle-ci, conformément aux prévisions de l’article 1231-7 du Code civil.

Les autres produiront intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle elles seront exigibles.


SUR LES DOMMAGES ET INTERETS 

En vertu de l’article 1231-1 du Code civil, le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l'inexécution de l'obligation, soit à raison du retard dans l'exécution, s'il ne justifie pas que l'exécution a été empêchée par la force majeure.

En l’espèce, la SEDRE ne rapporte la preuve d’aucun préjudice particulier à l’appui de sa demande de dommages et intérêts autre que celui d’ores et déjà réparé par le versement d’intérêts moratoires, laquelle demande n’est en outre pas chiffrée. 

La SEDRE sera par conséquent déboutée de sa demande en indemnisation.


SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES

Par application des articles 514 et 515 du Code de procédure civile, la présente décision est assortie de l'exécution provisoire de droit, qui n'est pas incompatible avec la nature de l'affaire.

Mme [V] [I] [K] [S], qui succombe, supportera la charge de l’intégralité des dépens de la présente procédure, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 17 juillet 2025 et de l’assignation du 08 octobre 2025.

L'équité commande de ne pas faire application des dispositions de l’article 700 du Code de procédure civile.

Dispositif

PAR CES MOTIFS :

Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, suivant jugement contradictoire et en premier ressort,

- DÉCLARE recevable la demande en résiliation de bail présentée par la SEDRE, dûment représentée par son représentant légal ;

- CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 30 mai 2022 entre la SEDRE, dûment représentée par son représentant au bail, et Mme [V] [I] [K] [S] concernant le logement situé [Adresse 5], sont réunies à la date du 17 septembre 2025 ;

- DEBOUTE Mme [V] [I] [K] [S] de sa demande de délais de paiement ; 

- ORDONNE en conséquence à Mme [V] [I] [K] [S] de libérer le logement et de restituer les clés dans le délai de quinze jours à compter de la signification du présent jugement ;

- DIT qu’à défaut pour Mme [V] [I] [K] [S] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, la SEDRE pourra faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique ;

- RAPPELLE que cette expulsion ne pourra avoir lieu dans les conditions de l’exécution forcée qu’après l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à quitter les lieux, conformément à l’article L. 412-1 du Code des procédures civiles d’exécution ;

- DIT n’y avoir lieu à astreinte ;

- DIT que le sort des meubles restant dans les lieux sera réglé conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du Code des procédures civiles d’exécution ;

- CONDAMNE Mme [V] [I] [K] [S] à payer à la SEDRE, dûment représentée par son représentant légal, la somme de 249,16 euros au titre de l'arriéré locatif arrêté au 17 septembre 2025, avec intérêts au taux légal à compter de l'assignation du 08 octobre 2025 ;

- CONDAMNE Mme [V] [I] [K] [S] à payer à la SEDRE, dûment représentée par son représentant légal, une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été exigibles si le bail n'avait pas été résilié, à compter du 18 septembre 2025 et jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux, remise des clés comprise, soit 470,29 euros, cette indemnité étant révisable selon les mêmes modalités que celles prévues pour le loyer au contrat au bail ; 

- REJETTE la demande de dommages et intérêts formée par la SEDRE ;

- REJETTE la demande au titre de l'article 700 du Code de procédure civile ; 

- CONDAMNE Mme [V] [I] [K] [S] aux entiers dépens de la présente procédure, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 17 juillet 2025 et de l’assignation du 08 octobre 2025 ;

- RAPPELLE que la présente décision est exécutoire de droit par provision.

Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition du jugement au greffe le 17 août 2026, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du Code de procédure civile, la minute étant signée par Pauline SUZANNE, magistrat exerçant à titre temporaire délégué dans les fonctions de juge des contentieux de la protection, et le greffier.

N° RG 25/03936 - N° Portalis DB32-W-B7J-DBJTI - page /
Tribunal judiciaire de Saint-Pierre - décision du 17 Août 2026
Le juge, Le greffier,
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE SAINT-PIERRE DE LA REUNION

JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

N° du dossier : N° RG 25/03936 - N° Portalis DB32-W-B7J-DBJTI

N° MINUTE : 26/00481



JUGEMENT

DU 17 Août 2026

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
----------------



DANS L’AFFAIRE OPPOSANT :

S.A. SEDRE, dont le siège social est sis [Adresse 1]

Rep/assistant : Maître Fabrice SAUBERT de la SCP GAILLARD - SAUBERT, avocats au barreau de SAINT-DENIS-DE-LA-REUNION


à :


Madame [I] [K] [S] [V], demeurant [Adresse 2][Adresse 3][Adresse 4]

Comparante en personne



DÉBATS : A l’audience publique du 22 Juin 2026


DÉCISION : Contradictoire



Prononcée par Pauline SUZANNE, Magistrat exerçant à titre temporaire, délégué dans les fonctions de juge des contentieux de la protection au tribunal judiciaire de Saint-Pierre, assistée de Odile ELIZEON, faisant fonctio de greffier.



CE à Me Fabrice SAUBERT
CCC à
Le
 





EXPOSE DU LITIGE :

Par contrat du 30 mai 2022, la Société d’Équipement du Département de la Réunion (ci-après la SEDRE) dûment représentée par son représentant légal a donné à bail à Mme [V] [I] [K] [S] un logement situé [Adresse 5], pour un loyer mensuel de 374,34 euros, hors charges.

Invoquant l'existence de loyers demeurés impayés, la SEDRE a fait signifier le 17 juillet 2025 un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au contrat de bail et précisant son intention de s’en prévaloir à défaut de paiement de la somme due dans le délai de deux mois, hors coût de l’acte.

Par acte de commissaire de justice du 08 octobre 2025, la SEDRE a saisi le juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de Saint-Pierre pour, sous le bénéfice de l'exécution provisoire :
faire constater l’acquisition de la clause résolutoire, être autorisée à faire procéder à l’expulsion sous astreinte de Mme [V] [I] [K] [S],obtenir sa condamnation au paiement de l’arriéré locatif, d’une indemnité mensuelle d'occupation, de dommages et intérêts et, en plus des dépens, de la somme de 350 euros en application de l’article 700 du Code de procédure civile.
Les parties ont été convoquées à l’audience du 26 janvier 2026 lors de laquelle la SEDRE, représentée par son conseil, a maintenu l’intégralité de ses demandes dans les termes de son assignation.

Mme [V] [I] [K] [S] a comparu en personne et reconnu le montant de la dette locative mais a demandé à pouvoir se maintenir dans les lieux en sollicitant les plus larges délais.

Elle fait valoir qu’elle a rencontré des difficultés financières et qu’elle a priorisé le paiement d’autres impayés au détriment de son loyer.

Elle déclare être sans emploi et percevoir la somme de 900 euros au titre du Revenu de solidarité active (RSA). Elle dit assumer la charge d’un enfant et ne plus avoir de dette ni crédit.

La réouverture des débats a été ordonnée le 16 mars 2026 et l’affaire a été appelée une dernière fois à l’audience du 22 juin 2026 lors de laquelle la SEDRE a précisé que la dette locative s’élevait désormais à la somme de 5 096,00 euros, hors dépens.

Aucun diagnostic social et financier n’a été adressé au tribunal avant l’audience.

La décision a été mise en délibéré au 17 août 2026. 


MOTIFS DE LA DÉCISION :

SUR LA RECEVABILITE DE L'ACTION EN RESILIATION ET EN EXPULSION

En application de l’article 24 III de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dans sa rédaction en vigueur le 29 juillet 2023, à peine d'irrecevabilité de la demande, l'assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence de le commissaire de justice au représentant de l'Etat dans le département au moins six semaines avant l'audience, afin qu'il saisisse l'organisme compétent désigné par le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées, suivant la répartition de l'offre globale de services d'accompagnement vers et dans le logement prévue à l'article 4 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée.

En l'espèce, une copie de l’assignation a été notifiée à la Préfecture de [Localité 1] par voie dématérialisée le 09 octobre 2025, soit au moins six semaines avant l’audience.

Par ailleurs, l'article 24 II de la même loi, dans sa rédaction en vigueur le 29 juillet 2023,prévoit que les bailleurs personnes morales autres qu'une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu'au quatrième degré inclus ne peuvent faire délivrer, sous peine d'irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l'expiration d'un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d'impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d'assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation. Cette saisine, qui contient les mêmes informations que celles des signalements par les huissiers de justice des commandements de payer prévus au I du présent article, s'effectue par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information prévu au dernier alinéa de l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée.

En l'espèce, la SEDRE justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 31 juillet 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 08 octobre 2025.

L’action est donc recevable.


SUR L'ACQUISITION DES EFFETS DE LA CLAUSE RESOLUTOIRE

Selon l’article 1103 du Code civil, les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.

L’article 1353 du même code dispose que celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver et, réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.

L’article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989 précise que le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.

Enfin, l'article 24 I de la même loi, dans sa version applicable au présent litige, dispose que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.

En l'espèce, ces dispositions d’ordre public sont respectées. 

En effet, le bail conclu le 30 mai 2022 contient une clause résolutoire et un commandement de payer visant cette clause et reproduisant l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 et l’article 6 de la loi du 31 mai 1990 a été signifié le 17 juillet 2025, pour la somme en principal de 983,33 euros. 

Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 17 septembre 2025.


SUR LA DEMANDE EN PAIEMENT DE L'ARRIERE LOCATIF

En application de l'article 24 V de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, le juge peut d'office vérifier tout élément constitutif de la dette locative.

L’article 441-9 du Code de la construction et de l'habitation dispose que l'organisme d'habitations à loyer modéré demande annuellement à chaque locataire communication des avis d'imposition ou de non-imposition à l'impôt sur le revenu et des renseignements concernant l'ensemble des personnes vivant au foyer permettant de calculer l'importance du dépassement éventuel du plafond de ressources et de déterminer si le locataire est redevable du supplément de loyer, que le locataire est tenu de répondre à cette demande dans un délai d'un mois, qu’à défaut et après mise en demeure restée infructueuse pendant quinze jours l'organisme d'habitations à loyer modéré liquide provisoirement le supplément de loyer.

En l'espèce, les suppléments de loyer appliqués par la SEDRE seront écartés du calcul de l'arriéré, faute pour la bailleresse de justifier du respect de la procédure prévue à l'article L. 441-9 du Code de la construction et de l'habitation.

Il faut rappeler que les frais de recouvrement entrepris antérieurement à la présente instance et sans titre exécutoire restent à la charge du créancier lorsqu’ils concernent un acte dont l’accomplissement n’est pas prescrit par la loi en vertu de l’article 32 de la loi du 9 juillet 1991, devenu l'article L. 111-8 du Code des procédures civiles d'exécution.

Par ailleurs, le coût des actes prescrits par la loi sera recouvré au titre des dépens de l’instance et ne saurait donc être intégré à l’arriéré locatif. 

La SEDRE produit un décompte démontrant que Mme [V] [I] [K] [S] restait devoir, après soustraction des frais de poursuite (548,93 euros) et des pénalités injustifiées (137,16 euros), et compte tenu du paiement de la somme totale de 1 100,47 euros intervenu entre le 22 septembre 2025 et le 09 juin 2026, la somme de 249,16 euros à la date du 17 septembre 2025.

Mme [V] [I] [K] [S] qui ne conteste d'ailleurs pas le montant dû, sera par conséquent condamnée au paiement de cette somme à la SEDRE, avec intérêts au taux légal à compter de l'assignation du 08 octobre 2025.


SUR LES DELAIS DE PAIEMENT ET LA SUSPENSION DES EFFETS DE LA CLAUSE RESOLUTOIRE

En application de l'article 24 V de la loi n° 89-462 du 06 juillet 1989, dans sa version en vigueur le 29 juillet 2023, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. 

Selon l'article 24 VII de la même loi, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que le locataire ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés. 

En l’espèce, compte tenu de l’absence de reprise du paiement intégral du loyer et des charges au jour de l’audience, et de la situation personnelle et financière exposée à l’audience qui n’est en outre pas justifiée, Mme [V] [I] [K] [S] sera déboutée de sa demande de délais de paiement suspensifs des effets de la clause résolutoire. 

En conséquence, l’expulsion de Mme [V] [I] [K] [S] sera ordonnée dans les conditions rappelées au dispositif du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire de prononcer l'astreinte sollicitée dès lors que le recours à la force publique s'avère une mesure de contrainte suffisante.


SUR L'INDEMNITE D'OCCUPATION

L’indemnité d'occupation constitue la contrepartie de la jouissance des locaux dont le bail a pris fin et la compensation du préjudice résultant pour le bailleur de la privation de la libre disposition des lieux.

En occupant sans droit ni titre les lieux auparavant loués depuis la résiliation du bail effective le 17 septembre 2025, Mme [V] [I] [K] [S] cause un préjudice au bailleur qui sera réparé par le versement d'une indemnité d'occupation mensuelle - égale au montant du loyer et des charges qui auraient été exigibles si le bail n'avait pas été résilié - soit 470,29 euros, payable donc à compter du 18 septembre 2025 et jusqu'à la date de la libération effective et définitive des lieux, remise des clés comprise, et révisable annuellement en fonction de la variation annuelle du dernier indice de révision des loyers connu à la date de révision publiée par l'Insee.

Les indemnités d’occupation déjà échues mais impayées au jour de la présente décision produiront intérêts au taux légal à compter de la date de celle-ci, conformément aux prévisions de l’article 1231-7 du Code civil.

Les autres produiront intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle elles seront exigibles.


SUR LES DOMMAGES ET INTERETS 

En vertu de l’article 1231-1 du Code civil, le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l'inexécution de l'obligation, soit à raison du retard dans l'exécution, s'il ne justifie pas que l'exécution a été empêchée par la force majeure.

En l’espèce, la SEDRE ne rapporte la preuve d’aucun préjudice particulier à l’appui de sa demande de dommages et intérêts autre que celui d’ores et déjà réparé par le versement d’intérêts moratoires, laquelle demande n’est en outre pas chiffrée. 

La SEDRE sera par conséquent déboutée de sa demande en indemnisation.


SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES

Par application des articles 514 et 515 du Code de procédure civile, la présente décision est assortie de l'exécution provisoire de droit, qui n'est pas incompatible avec la nature de l'affaire.

Mme [V] [I] [K] [S], qui succombe, supportera la charge de l’intégralité des dépens de la présente procédure, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 17 juillet 2025 et de l’assignation du 08 octobre 2025.

L'équité commande de ne pas faire application des dispositions de l’article 700 du Code de procédure civile.



PAR CES MOTIFS :

Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, suivant jugement contradictoire et en premier ressort,

- DÉCLARE recevable la demande en résiliation de bail présentée par la SEDRE, dûment représentée par son représentant légal ;

- CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 30 mai 2022 entre la SEDRE, dûment représentée par son représentant au bail, et Mme [V] [I] [K] [S] concernant le logement situé [Adresse 5], sont réunies à la date du 17 septembre 2025 ;

- DEBOUTE Mme [V] [I] [K] [S] de sa demande de délais de paiement ; 

- ORDONNE en conséquence à Mme [V] [I] [K] [S] de libérer le logement et de restituer les clés dans le délai de quinze jours à compter de la signification du présent jugement ;

- DIT qu’à défaut pour Mme [V] [I] [K] [S] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, la SEDRE pourra faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique ;

- RAPPELLE que cette expulsion ne pourra avoir lieu dans les conditions de l’exécution forcée qu’après l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à quitter les lieux, conformément à l’article L. 412-1 du Code des procédures civiles d’exécution ;

- DIT n’y avoir lieu à astreinte ;

- DIT que le sort des meubles restant dans les lieux sera réglé conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du Code des procédures civiles d’exécution ;

- CONDAMNE Mme [V] [I] [K] [S] à payer à la SEDRE, dûment représentée par son représentant légal, la somme de 249,16 euros au titre de l'arriéré locatif arrêté au 17 septembre 2025, avec intérêts au taux légal à compter de l'assignation du 08 octobre 2025 ;

- CONDAMNE Mme [V] [I] [K] [S] à payer à la SEDRE, dûment représentée par son représentant légal, une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été exigibles si le bail n'avait pas été résilié, à compter du 18 septembre 2025 et jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux, remise des clés comprise, soit 470,29 euros, cette indemnité étant révisable selon les mêmes modalités que celles prévues pour le loyer au contrat au bail ; 

- REJETTE la demande de dommages et intérêts formée par la SEDRE ;

- REJETTE la demande au titre de l'article 700 du Code de procédure civile ; 

- CONDAMNE Mme [V] [I] [K] [S] aux entiers dépens de la présente procédure, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 17 juillet 2025 et de l’assignation du 08 octobre 2025 ;

- RAPPELLE que la présente décision est exécutoire de droit par provision.

Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition du jugement au greffe le 17 août 2026, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du Code de procédure civile, la minute étant signée par Pauline SUZANNE, magistrat exerçant à titre temporaire délégué dans les fonctions de juge des contentieux de la protection, et le greffier.

N° RG 25/03936 - N° Portalis DB32-W-B7J-DBJTI - page /
Tribunal judiciaire de Saint-Pierre - décision du 17 Août 2026
Le juge, Le greffier,

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Mise à jour de la source le 2026-09-11T16:49:43.546Z.