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Décision de justice

Tribunal judiciaire de Bobigny, Chambre 22 / Proxi fond, 29 mai 2026, n° 25/14150

Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeurContratsPrêt d'argent, crédit-bail (ou leasing), cautionnement
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Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE

Par acte sous seing privé du 7 août 2020, Toyota Kreditbank GmbH a consenti à M. [E] [U] un contrat de location avec option d’achat portant sur un véhicule, d’un montant total final de 39 754,68 euros, remboursable sur une durée de 49 mois selon des mensualités de 811,32 euros hors assurance.

Le véhicule Toyota Camry Berline 218CH 2WD au numéro de série JTNB23HKOO3074264 a été livré le 25 août 2020.

Par acte du 17 septembre 2020, le véhicule a fait l’objet d’une inscription au greffe du Tribunal de commerce de Bobigny en qualité de crédit-bail.

Par lettre recommandée avec avis de réception du 15 juillet 2024, Toyota Kreditbank GmbH a mis en demeure M. [E] [U] de régler des échéances échues impayées de retard et des indemnités pour la somme de 5542,55 euros mentionnant la déchéance du terme envisagée en l’absence de paiement dans les 8 jours. Par lettre recommandée avec accusé de réception du 10 décembre 2024, Toyota Kreditbank GmbH a informé M. [E] [U] du prononcé de la déchéance du terme du contrat de crédit affecté.

Se prévalant d’échéances impayées, Toyota Kreditbank GmbH a fait assigner M. [E] [U] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bobigny par acte de commissaire de justice du 4 décembre 2025, aux fins de :
?Déclarer Toyota Kreditbank GmbH recevable en ses demandes,
?A titre principal, juger que la déchéance du terme du contrat de crédit est régulière,
?A titre subsidiaire, prononcer la résiliation judiciaire du contrat de prêt,
?En tout état de cause, 
oCondamner M. [E] [U] à lui payer la somme en principal de 8164,54 euros majorée des intérêts au taux contractuel de 0,03% l’an à compter du 10 décembre 2024, date de l’arrêté du compte,
oOrdonner la capitalisation des intérêts depuis la date de l’assignation en application de l’article 1343-2 du code civil,
oOrdonner la restitution par M. [E] [U] à Toyota Kreditbank GmbH du véhicule de marque Toyota de type Camry Hybride immatriculé [Immatriculation 1] sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision et dire qu’en cas de restitution, la valeur vénale du bien à la date de celle-ci sera déduite de la créance,
oN’accorder aucun délai de paiement,
oCondamner M. [E] [U] au paiement de la somme de 1000 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile,
oCondamner M. [E] [U] aux entiers dépens,
oRejeter tout demande de retrait de l’exécution provisoire du jugement.

L’affaire a été appelée à l’audience du 30 mars 2026, à laquelle elle a été retenue.

La forclusion, la nullité, le caractère éventuellement abusif de la clause de déchéance du terme du contrat et les causes de déchéance du droit aux intérêts ont été soulevés d’office par le juge.

Toyota Kreditbank GmbH, représentée par son conseil, a maintenu l’ensemble de ses demandes telles que formées dans son assignation et n’a pas formé d’autres observations sur les moyens soulevés d’office par le juge.

Aux termes de son assignation, elle expose, au visa des articles 1103, 1104, 1134 du code civil et L.312-40 et R.312-35 du code de la consommation, que M. [E] [U] s’est abstenu de régler les échéances malgré la mise en demeure du 15 juillet 2024, justifiant donc la déchéance du terme. Elle se prévaut à titre subsidiaire des articles 1225 et 1227 du code civil pour solliciter la résiliation judiciaire du contrat en raison des manquements de l’emprunteur à son obligation de régler les échéances à terme. Elle sollicite également la restitution du véhicule, justifiant d’une clause de réserve de propriété contenue dans le contrat.

M. [E] [U], faisant l’objet d’un procès-verbal de recherches infructueuses, n’a pas comparu et n’a pas été représenté à l’audience.

La décision a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 29 mai 2026.

Motifs

MOTIFS DE LA DECISION

Selon l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne fait droit à la demande que s’il l’estime régulière, recevable et bien fondée.

Le présent litige est relatif à un crédit soumis aux dispositions de la loi n°2010-737 du 1er juillet 2010 de sorte qu’il sera fait application des articles du code de la consommation dans leur rédaction en vigueur après le 1er mai 2011 et leur numérotation postérieure à l’ordonnance n°2016-301 du 14 mars 2016 et au décret n°2016-884 du 29 juin 2016.

L’article R.632-1 du code de la consommation permet au juge de relever d’office tous les moyens tirés de l’application des dispositions du code de la consommation, sous réserve de respecter le principe de la contradiction.

I.Sur la recevabilité

L’article R.312-35 du code de la consommation dispose que les actions en paiement à l’occasion de la défaillance de l’emprunteur dans le cadre d’un crédit à la consommation, doivent être engagées devant la juridiction dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion.

Cet événement est caractérisé par le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme, le premier incident de paiement non régularisé, le dépassement non régularisé du montant total du crédit consenti dans le cadre d’un contrat de crédit renouvelable, ou le dépassement, au sens du 13° de l’article L. 311-1, non régularisé à l’issue du délai prévu à l’article L. 312-93.

En l’espèce, le prêt a été consenti le 7 août 2020, et le véhicule livré le 25 août 2020, alors que le premier incident de paiement non régularisé date du 25 janvier 2024, soit dans un délai inférieur à deux ans avant la délivrance de l’assignation en date du 4 décembre 2025.

L’action de Toyota Kreditbank GmbH est donc recevable.

II.Sur la demande principale tendant à constater la déchéance du terme du contrat

Selon l’article 3 de la directive 93/13/CEE du Conseil du 5 avril 1993 concernant les clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs :
1. Une clause d'un contrat n'ayant pas fait l'objet d'une négociation individuelle est considérée comme abusive lorsque, en dépit de l'exigence de bonne foi, elle crée au détriment du consommateur un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties découlant du contrat.
2. Une clause est toujours considérée comme n'ayant pas fait l'objet d'une négociation individuelle lorsqu'elle a été rédigée préalablement et que le consommateur n'a, de ce fait, pas pu avoir d'influence sur son contenu, notamment dans le cadre d'un contrat d'adhésion.
Le fait que certains éléments d'une clause ou qu'une clause isolée aient fait l'objet d'une négociation individuelle n'exclut pas l'application du présent article au reste d'un contrat si l'appréciation globale permet de conclure qu'il s'agit malgré tout d'un contrat d'adhésion.
Si le professionnel prétend qu'une clause standardisée a fait l'objet d'une négociation individuelle, la charge de la preuve lui incombe.

Afin de savoir si une clause crée, au détriment du consommateur, un « déséquilibre significatif » entre les droits et les obligations des parties découlant du contrat, il convient notamment de tenir compte des règles applicables en droit national en l'absence d'accord des parties en ce sens. C'est à travers une telle analyse comparative que le juge national pourra évaluer si et, le cas échéant, dans quelle mesure le contrat place le consommateur dans une situation juridique moins favorable par rapport à celle prévue par le droit national en vigueur. De même, il apparaît pertinent, à ces fins, de procéder à un examen de la situation juridique dans laquelle se trouve ledit consommateur au vu des moyens dont il dispose, selon la réglementation nationale, pour faire cesser l'utilisation de clauses abusives (arrêt du 14 mars 2013, Aziz, C-415/11).

Par arrêt du 26 janvier 2017 (C-421/14), la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a dit pour droit que l'article 3, paragraphe 1 de la directive 93/13 devait être interprété en ce sens que s'agissant de l'appréciation par une juridiction nationale de l'éventuel caractère abusif de la clause relative à la déchéance du terme en raison de manquements du débiteur à ses obligations pendant une période limitée, il incombait à cette juridiction d'examiner si la faculté laissée au professionnel de déclarer exigible la totalité du prêt dépendait de l'inexécution par le consommateur d'une obligation qui présentait un caractère essentiel dans le cadre du rapport contractuel en cause, si cette faculté était prévue pour les cas dans lesquels une telle inexécution revêtait un caractère suffisamment grave au regard de la durée et du montant du prêt, si ladite faculté dérogeait aux règles de droit commun applicables en la matière en l'absence de dispositions contractuelles spécifiques et si le droit national prévoyait des moyens adéquats et efficaces permettant au consommateur soumis à l'application d'une telle clause de remédier aux effets de ladite exigibilité du prêt.

Par arrêt du 8 décembre 2022 (C-600/21), elle a dit pour droit que l'arrêt précité devait être interprété en ce sens que les critères qu'il dégageait pour l'appréciation du caractère abusif d'une clause contractuelle, notamment du déséquilibre significatif entre les droits et les obligations des parties au contrat que cette clause créait au détriment du consommateur, ne pouvaient être compris ni comme étant cumulatifs ni comme étant alternatifs, mais devaient être compris comme faisant partie de l'ensemble des circonstances entourant la conclusion du contrat concerné, que le juge national devait examiner afin d'apprécier le caractère abusif d'une clause contractuelle.

En l’espèce, le contrat prévoit en sa page 2 à l’article 8. Défaillance du locataire, Résiliation du contrat et Exigibilité anticipée que sans préjudice de l’application des dispositions légales, le bailleur a la faculté d’exiger le remboursement immédiat de toute somme restant due au titre du contrat, de plein droit, sur simple avis notifié, dans l’un des cas suivants : […] manquement à tout engagement présentement contracté (notamment non-paiement à bonne date d’une échéance, les régularisations postérieures ne faisant pas obstacle à cette exigibilité). 

En prévoyant que la déchéance du terme pourra être prononcée sans prévoir de préavis d’une durée raisonnable, cette clause crée un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au détriment du consommateur, exposant celui-ci à l’aggravation soudaine des conditions de remboursement du prêt, sans disposer dans un délai suffisant d’un moyen de remédier aux effets de l’exigibilité du prêt, celle-ci pouvant être prononcée de manière discrétionnaire par le prêteur, qui peut décider unilatéralement d’une durée de préavis inadaptée, voire la réduire.

Il en résulte que cette clause est abusive et doit donc être réputée non écrite.

Dès lors que la clause de déchéance du terme est réputée non écrite, le prêteur ne pouvait s’en prévaloir pour prononcer la déchéance du terme par courrier du 10 décembre 2024, à la suite de la mise en demeure demeurée infructueuse le 15 juillet 2024.

Il en résulte que la demande tendant à constater la déchéance du terme du contrat faute de régularisation des impayés sera rejetée.

III.Sur la demande subsidiaire de résiliation judiciaire du contrat

En application de l’article 1224 du code civil, la résolution résulte soit de l'application d'une clause résolutoire soit, en cas d'inexécution suffisamment grave, d'une notification du créancier au débiteur ou d'une décision de justice. Selon l'article 1227 du code civil, la résolution du contrat peut être demandée en justice.

Il résulte du tableau d’amortissement produit que M. [E] [U] n’honore plus les échéances depuis l’échéance du mois de janvier 2024. Depuis cette date et jusqu’à suspension unilatérale du contrat de crédit par le prêteur en septembre 2024, soit neuf mois, plus aucun versement n’est intervenu, ce qui constitue un manquement suffisamment grave pour que soit prononcée la résolution du contrat au jour de la présente décision.

IV.Sur la déchéance du droit aux intérêts

Selon l’article L.312-16 du code de la consommation, avant de conclure le contrat de crédit, le prêteur vérifie la solvabilité de l'emprunteur à partir d'un nombre suffisant d'informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur. Le prêteur consulte le fichier prévu à l'article L. 751-1, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné à l'article L. 751-6, sauf dans le cas d'une opération mentionnée au 1 de l'article L. 511-6 ou au 1 du I de l'article L. 511-7 du code monétaire et financier.
En application de l’article L.341-2 du même code, le prêteur qui n'a pas respecté les obligations fixées aux articles L. 312-14 et L. 312-16 est déchu du droit aux intérêts, en totalité ou dans la proportion fixée par le juge.

En l’espèce, il ne ressort d’aucune pièce fournie que le FICP a bien été consulté par le prêteur, si bien que la solvabilité de l’emprunteur n’a pas été valablement vérifiée préalablement à la signature du contrat et donc respecté le texte susvisé.

Par conséquent, Toyota Kreditbank GmbH sera totalement déchu de son droit aux intérêts contractuels.

V.Sur le montant de la créance, les intérêts au taux légal et leur majoration 

La déchéance du droit aux intérêts contractuels rend l'emprunteur débiteur du seul capital emprunté dont sont déduits les paiements déjà opérés, à l'exclusion de toute autre somme et notamment de la clause pénale prévue par l'article L.312-39 du code de la consommation.

En l’espèce, compte tenu de la déchéance du droit aux intérêts, il convient de déduire des financements accordés de 39 754,68 euros les versements accomplis par l’emprunteur, soit la somme de 35 022,20 euros (41 échéances réglées à 854,20 euros). La créance s’élève ainsi à la somme de 4 732,48 euros.

M. [E] [U] sera donc condamné à verser cette somme à Toyota Kreditbank GmbH.

L'article 1231-6 du code civil prévoit que les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal à compter de la mise en demeure.

Il est constant qu'en cas de déchéance du droit aux intérêts en application de la législation sur les crédits à la consommation, l'emprunteur n'en demeure pas moins tenu aux intérêts légaux.

Toutefois, il importe de rappeler que l’article 23 de la directive 2008/48 du Parlement européen et du Conseil concernant les contrats de crédit aux consommateurs prévoit que les Etats membres définissent le régime de sanctions applicables en cas de violation des dispositions nationales adoptées conformément à ladite directive, et prennent toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte qu'elles soient appliquées. Les sanctions doivent être effectives, proportionnées et dissuasives.

En application de ce dernier principe, la Cour de justice de l’Union Européenne a précisé, le 27 mars 2014 (affaire C565/12, SA Crédit Lyonnais c/[K] [M]) que l’article 23 précité impliquait que la juridiction, pour apprécier ce caractère dissuasif, compare dans les circonstances de l'affaire dont elle est saisie, les montants que le prêteur aurait perçus en rémunération du prêt dans l'hypothèse où il aurait respecté ses obligations légales, avec ceux qu'il percevrait en application de la sanction de la violation de ces mêmes obligations ; que, s'il est constaté au vu des circonstances spécifiques de l'espèce, que l'application de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts conventionnels est susceptible de conférer un bénéfice au prêteur, il doit constater que manifestement, le régime de sanctions en cause n'assure pas un effet réellement dissuasif à la sanction encourue, et a dans ce cas la possibilité d'écarter une norme de droit interne contraire aux normes communautaires.

En l’espèce, il a été prononcé la déchéance du droit aux intérêts, dont aucun taux pas plus que de TAEG n’était précisé dans l’encadré du contrat de crédit. Le taux d’intérêt légal au premier semestre 2026 est de 2,62 %, soit à un montant supérieur. Néanmoins, l’application de ce taux et de sa majoration de 5 points passé le délai légal de deux mois priverait en l’espèce la sanction de la déchéance du terme de son caractère dissuasif. Il convient en conséquence de ne pas faire application de l’article 1231-6 du code civil et de dire que les sommes restant dues en capital ne porteront pas intérêt, même au taux légal, ni se seront majorées de cinq points passé le délai de deux mois.

La demande de capitalisation des intérêts, devenue sans objet dès lors que la déchéance du droit aux intérêts a été prononcée et que l’intérêt légal et sa majoration ont été écartées, sera nécessairement rejetée.

VI.Sur la demande de restitution du véhicule

L'article L. 311-25 du code de la consommation prévoit la possibilité pour le prêteur, en cas de défaillance de l'emprunteur, de solliciter la restitution du bien loué.

Aux termes de l'article L.131-1 du code des procédures civiles d'exécution, tout juge peut, même d'office, ordonner une astreinte pour assurer l'exécution de sa décision.

En l’espèce, le contrat de crédit affecté comporte une clause de réserve de propriété en première page, ce qui implique qu’il est resté propriétaire pendant toute la durée du contrat.

Toyota Kreditbank GmbH étant toujours propriétaire du bien loué, il y a lieu, compte tenu de la résiliation du contrat de crédit intervenue, d'ordonner la restitution du véhicule de marque Toyota Camry Berline 218CH 2WD au numéro de série JTNB23HKOO3074264, objet du contrat de location avec option d'achat, sans qu'il n'y ait lieu de prononcer d'astreinte, n’étant pas démontré que le débiteur résisterait à la décision de justice.

VII.Sur les accessoires

Aux termes de l'article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie.

En l’espèce, M. [E] [U] qui succombe, sera condamné aux dépens.

En application de l'article 700 du code de procédure civile, dans toutes les instances le juge condamne la partie tenue aux dépens ou la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a lieu à condamnation.

En l’espèce, l’équité commande de rejeter la demande de Toyota Kreditbank GmbH au titre de l’article 700 du code de procédure civile.

En application de l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire. L'article 514-1 du même code dispose que le juge peut écarter l'exécution provisoire de droit, en tout ou partie, s'il estime qu'elle est incompatible avec la nature de l'affaire.

Dispositif

PAR CES MOTIFS

Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement par mise à disposition au greffe, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort,

DECLARE recevable l’action de Toyota Kreditbank GmbH ;

DECLARE abusive et en conséquence non écrite la clause de déchéance du terme du contrat de crédit de location avec option d’achat conclu entre Toyota Kreditbank GmbH et M. [E] [U] ;

REJETTE la demande principale de Toyota Kreditbank GmbH tendant constater que l’acquisition de la déchéance du terme le 10 décembre 2024 ;

PRONONCE la résolution judiciaire du contrat de crédit de location avec option d’achat du 7 août 2020 entre Toyota Kreditbank GmbH et M. [E] [U] ;

PRONONCE la déchéance totale du droit aux intérêts contractuels de ce prêt ;

DIT n’y avoir lieu à capitalisation des intérêts ;

CONDAMNE M. [E] [U] à payer à Toyota Kreditbank GmbH la somme de 4 732,48 euros au titre des restitutions qu’implique la résolution judiciaire du contrat, déduction faite des règlements intervenus ;

ECARTE l'application de l'article 1231-6 du code civil, et dit en conséquence qu’aucune des sommes précitées ne produira d'intérêt, même au taux légal, ni ne sera majorée de cinq points passé le délai de deux mois ;

ORDONNE à M. [E] [U] de restituer à Toyota Kreditbank GmbH le véhicule de marque Toyota Camry Berline 218CH 2WD au numéro de série JTNB23HKOO3074264 dans le délai d’un mois à compter de la signification de la décision ;

DIT n’y avoir lieu à prononcer une astreinte ;

DIT que le prix de vente du véhicule sera alors déduit de la créance de Toyota Kreditbank GmbH ;

REJETTE la demande de Toyota Kreditbank GmbH au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;

REJETTE pour le surplus des demandes ;

CONDAMNE M. [E] [U] aux dépens ;

RAPPELLE que la présente décision est assortie de l’exécution provisoire de droit.


LA GREFFIERE LA JUGE
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOBIGNY
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Adresse 3]
[Localité 1]

Téléphone : [XXXXXXXX01]
Télécopie : 01 48 96 07 52
@ : [Courriel 1]




REFERENCES : N° RG 25/14150 - 
N° Portalis DB3S-W-B7J-4MMC

Minute : 694/26





Société TOYOTA KREDITBANK GmbH, 
Représentant : SELAS CLOIX & MENDES-GIL, 
avocats au barreau de PARIS, vestiaire : P0173

 

C/


Monsieur [E] [U]
















Exécutoire, copie, dossier
délivrés à :
SELAS CLOIX ET MENDES-GIL
Copie délivrée à :
M. [U]
Le 02 juin 2026




AUDIENCE CIVILE




Jugement rendu et mis à disposition au greffe du tribunal judiciaire en date du 29 Mai 2026 ;

par Madame Marie DE LESSEPS, en qualité de juge des contentieux de la protection assistée de Madame Audrey RANO, greffier ;


Après débats à l'audience publique du 30 Mars 2026 tenue sous la présidence de Madame Marie DE LESSEPS, juge des contentieux de la protection, assistée de Monsieur Yazid HAMMAOUI, greffier audiencier ;





ENTRE DEMANDERESSE :

Société TOYOTA KREDITBANK GmbH, société de droit allemand, dont le siège social est sis [Adresse 4], ALLEMAGNE, prise en son établissement TOYOTA FRANCE FINANCEMENT, situé [Adresse 5]
représentée par la SELAS CLOIX & MENDES-GIL, avocats au barreau de PARIS

D'UNE PART






ET DÉFENDEUR :

Monsieur [E] [U], demeurant [Adresse 6]
non comparant

D'AUTRE PART











EXPOSE DU LITIGE

Par acte sous seing privé du 7 août 2020, Toyota Kreditbank GmbH a consenti à M. [E] [U] un contrat de location avec option d’achat portant sur un véhicule, d’un montant total final de 39 754,68 euros, remboursable sur une durée de 49 mois selon des mensualités de 811,32 euros hors assurance.

Le véhicule Toyota Camry Berline 218CH 2WD au numéro de série JTNB23HKOO3074264 a été livré le 25 août 2020.

Par acte du 17 septembre 2020, le véhicule a fait l’objet d’une inscription au greffe du Tribunal de commerce de Bobigny en qualité de crédit-bail.

Par lettre recommandée avec avis de réception du 15 juillet 2024, Toyota Kreditbank GmbH a mis en demeure M. [E] [U] de régler des échéances échues impayées de retard et des indemnités pour la somme de 5542,55 euros mentionnant la déchéance du terme envisagée en l’absence de paiement dans les 8 jours. Par lettre recommandée avec accusé de réception du 10 décembre 2024, Toyota Kreditbank GmbH a informé M. [E] [U] du prononcé de la déchéance du terme du contrat de crédit affecté.

Se prévalant d’échéances impayées, Toyota Kreditbank GmbH a fait assigner M. [E] [U] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bobigny par acte de commissaire de justice du 4 décembre 2025, aux fins de :
?Déclarer Toyota Kreditbank GmbH recevable en ses demandes,
?A titre principal, juger que la déchéance du terme du contrat de crédit est régulière,
?A titre subsidiaire, prononcer la résiliation judiciaire du contrat de prêt,
?En tout état de cause, 
oCondamner M. [E] [U] à lui payer la somme en principal de 8164,54 euros majorée des intérêts au taux contractuel de 0,03% l’an à compter du 10 décembre 2024, date de l’arrêté du compte,
oOrdonner la capitalisation des intérêts depuis la date de l’assignation en application de l’article 1343-2 du code civil,
oOrdonner la restitution par M. [E] [U] à Toyota Kreditbank GmbH du véhicule de marque Toyota de type Camry Hybride immatriculé [Immatriculation 1] sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision et dire qu’en cas de restitution, la valeur vénale du bien à la date de celle-ci sera déduite de la créance,
oN’accorder aucun délai de paiement,
oCondamner M. [E] [U] au paiement de la somme de 1000 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile,
oCondamner M. [E] [U] aux entiers dépens,
oRejeter tout demande de retrait de l’exécution provisoire du jugement.

L’affaire a été appelée à l’audience du 30 mars 2026, à laquelle elle a été retenue.

La forclusion, la nullité, le caractère éventuellement abusif de la clause de déchéance du terme du contrat et les causes de déchéance du droit aux intérêts ont été soulevés d’office par le juge.

Toyota Kreditbank GmbH, représentée par son conseil, a maintenu l’ensemble de ses demandes telles que formées dans son assignation et n’a pas formé d’autres observations sur les moyens soulevés d’office par le juge.

Aux termes de son assignation, elle expose, au visa des articles 1103, 1104, 1134 du code civil et L.312-40 et R.312-35 du code de la consommation, que M. [E] [U] s’est abstenu de régler les échéances malgré la mise en demeure du 15 juillet 2024, justifiant donc la déchéance du terme. Elle se prévaut à titre subsidiaire des articles 1225 et 1227 du code civil pour solliciter la résiliation judiciaire du contrat en raison des manquements de l’emprunteur à son obligation de régler les échéances à terme. Elle sollicite également la restitution du véhicule, justifiant d’une clause de réserve de propriété contenue dans le contrat.

M. [E] [U], faisant l’objet d’un procès-verbal de recherches infructueuses, n’a pas comparu et n’a pas été représenté à l’audience.

La décision a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 29 mai 2026.


MOTIFS DE LA DECISION

Selon l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne fait droit à la demande que s’il l’estime régulière, recevable et bien fondée.

Le présent litige est relatif à un crédit soumis aux dispositions de la loi n°2010-737 du 1er juillet 2010 de sorte qu’il sera fait application des articles du code de la consommation dans leur rédaction en vigueur après le 1er mai 2011 et leur numérotation postérieure à l’ordonnance n°2016-301 du 14 mars 2016 et au décret n°2016-884 du 29 juin 2016.

L’article R.632-1 du code de la consommation permet au juge de relever d’office tous les moyens tirés de l’application des dispositions du code de la consommation, sous réserve de respecter le principe de la contradiction.

I.Sur la recevabilité

L’article R.312-35 du code de la consommation dispose que les actions en paiement à l’occasion de la défaillance de l’emprunteur dans le cadre d’un crédit à la consommation, doivent être engagées devant la juridiction dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion.

Cet événement est caractérisé par le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme, le premier incident de paiement non régularisé, le dépassement non régularisé du montant total du crédit consenti dans le cadre d’un contrat de crédit renouvelable, ou le dépassement, au sens du 13° de l’article L. 311-1, non régularisé à l’issue du délai prévu à l’article L. 312-93.

En l’espèce, le prêt a été consenti le 7 août 2020, et le véhicule livré le 25 août 2020, alors que le premier incident de paiement non régularisé date du 25 janvier 2024, soit dans un délai inférieur à deux ans avant la délivrance de l’assignation en date du 4 décembre 2025.

L’action de Toyota Kreditbank GmbH est donc recevable.

II.Sur la demande principale tendant à constater la déchéance du terme du contrat

Selon l’article 3 de la directive 93/13/CEE du Conseil du 5 avril 1993 concernant les clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs :
1. Une clause d'un contrat n'ayant pas fait l'objet d'une négociation individuelle est considérée comme abusive lorsque, en dépit de l'exigence de bonne foi, elle crée au détriment du consommateur un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties découlant du contrat.
2. Une clause est toujours considérée comme n'ayant pas fait l'objet d'une négociation individuelle lorsqu'elle a été rédigée préalablement et que le consommateur n'a, de ce fait, pas pu avoir d'influence sur son contenu, notamment dans le cadre d'un contrat d'adhésion.
Le fait que certains éléments d'une clause ou qu'une clause isolée aient fait l'objet d'une négociation individuelle n'exclut pas l'application du présent article au reste d'un contrat si l'appréciation globale permet de conclure qu'il s'agit malgré tout d'un contrat d'adhésion.
Si le professionnel prétend qu'une clause standardisée a fait l'objet d'une négociation individuelle, la charge de la preuve lui incombe.

Afin de savoir si une clause crée, au détriment du consommateur, un « déséquilibre significatif » entre les droits et les obligations des parties découlant du contrat, il convient notamment de tenir compte des règles applicables en droit national en l'absence d'accord des parties en ce sens. C'est à travers une telle analyse comparative que le juge national pourra évaluer si et, le cas échéant, dans quelle mesure le contrat place le consommateur dans une situation juridique moins favorable par rapport à celle prévue par le droit national en vigueur. De même, il apparaît pertinent, à ces fins, de procéder à un examen de la situation juridique dans laquelle se trouve ledit consommateur au vu des moyens dont il dispose, selon la réglementation nationale, pour faire cesser l'utilisation de clauses abusives (arrêt du 14 mars 2013, Aziz, C-415/11).

Par arrêt du 26 janvier 2017 (C-421/14), la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a dit pour droit que l'article 3, paragraphe 1 de la directive 93/13 devait être interprété en ce sens que s'agissant de l'appréciation par une juridiction nationale de l'éventuel caractère abusif de la clause relative à la déchéance du terme en raison de manquements du débiteur à ses obligations pendant une période limitée, il incombait à cette juridiction d'examiner si la faculté laissée au professionnel de déclarer exigible la totalité du prêt dépendait de l'inexécution par le consommateur d'une obligation qui présentait un caractère essentiel dans le cadre du rapport contractuel en cause, si cette faculté était prévue pour les cas dans lesquels une telle inexécution revêtait un caractère suffisamment grave au regard de la durée et du montant du prêt, si ladite faculté dérogeait aux règles de droit commun applicables en la matière en l'absence de dispositions contractuelles spécifiques et si le droit national prévoyait des moyens adéquats et efficaces permettant au consommateur soumis à l'application d'une telle clause de remédier aux effets de ladite exigibilité du prêt.

Par arrêt du 8 décembre 2022 (C-600/21), elle a dit pour droit que l'arrêt précité devait être interprété en ce sens que les critères qu'il dégageait pour l'appréciation du caractère abusif d'une clause contractuelle, notamment du déséquilibre significatif entre les droits et les obligations des parties au contrat que cette clause créait au détriment du consommateur, ne pouvaient être compris ni comme étant cumulatifs ni comme étant alternatifs, mais devaient être compris comme faisant partie de l'ensemble des circonstances entourant la conclusion du contrat concerné, que le juge national devait examiner afin d'apprécier le caractère abusif d'une clause contractuelle.

En l’espèce, le contrat prévoit en sa page 2 à l’article 8. Défaillance du locataire, Résiliation du contrat et Exigibilité anticipée que sans préjudice de l’application des dispositions légales, le bailleur a la faculté d’exiger le remboursement immédiat de toute somme restant due au titre du contrat, de plein droit, sur simple avis notifié, dans l’un des cas suivants : […] manquement à tout engagement présentement contracté (notamment non-paiement à bonne date d’une échéance, les régularisations postérieures ne faisant pas obstacle à cette exigibilité). 

En prévoyant que la déchéance du terme pourra être prononcée sans prévoir de préavis d’une durée raisonnable, cette clause crée un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au détriment du consommateur, exposant celui-ci à l’aggravation soudaine des conditions de remboursement du prêt, sans disposer dans un délai suffisant d’un moyen de remédier aux effets de l’exigibilité du prêt, celle-ci pouvant être prononcée de manière discrétionnaire par le prêteur, qui peut décider unilatéralement d’une durée de préavis inadaptée, voire la réduire.

Il en résulte que cette clause est abusive et doit donc être réputée non écrite.

Dès lors que la clause de déchéance du terme est réputée non écrite, le prêteur ne pouvait s’en prévaloir pour prononcer la déchéance du terme par courrier du 10 décembre 2024, à la suite de la mise en demeure demeurée infructueuse le 15 juillet 2024.

Il en résulte que la demande tendant à constater la déchéance du terme du contrat faute de régularisation des impayés sera rejetée.

III.Sur la demande subsidiaire de résiliation judiciaire du contrat

En application de l’article 1224 du code civil, la résolution résulte soit de l'application d'une clause résolutoire soit, en cas d'inexécution suffisamment grave, d'une notification du créancier au débiteur ou d'une décision de justice. Selon l'article 1227 du code civil, la résolution du contrat peut être demandée en justice.

Il résulte du tableau d’amortissement produit que M. [E] [U] n’honore plus les échéances depuis l’échéance du mois de janvier 2024. Depuis cette date et jusqu’à suspension unilatérale du contrat de crédit par le prêteur en septembre 2024, soit neuf mois, plus aucun versement n’est intervenu, ce qui constitue un manquement suffisamment grave pour que soit prononcée la résolution du contrat au jour de la présente décision.

IV.Sur la déchéance du droit aux intérêts

Selon l’article L.312-16 du code de la consommation, avant de conclure le contrat de crédit, le prêteur vérifie la solvabilité de l'emprunteur à partir d'un nombre suffisant d'informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur. Le prêteur consulte le fichier prévu à l'article L. 751-1, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné à l'article L. 751-6, sauf dans le cas d'une opération mentionnée au 1 de l'article L. 511-6 ou au 1 du I de l'article L. 511-7 du code monétaire et financier.
En application de l’article L.341-2 du même code, le prêteur qui n'a pas respecté les obligations fixées aux articles L. 312-14 et L. 312-16 est déchu du droit aux intérêts, en totalité ou dans la proportion fixée par le juge.

En l’espèce, il ne ressort d’aucune pièce fournie que le FICP a bien été consulté par le prêteur, si bien que la solvabilité de l’emprunteur n’a pas été valablement vérifiée préalablement à la signature du contrat et donc respecté le texte susvisé.

Par conséquent, Toyota Kreditbank GmbH sera totalement déchu de son droit aux intérêts contractuels.

V.Sur le montant de la créance, les intérêts au taux légal et leur majoration 

La déchéance du droit aux intérêts contractuels rend l'emprunteur débiteur du seul capital emprunté dont sont déduits les paiements déjà opérés, à l'exclusion de toute autre somme et notamment de la clause pénale prévue par l'article L.312-39 du code de la consommation.

En l’espèce, compte tenu de la déchéance du droit aux intérêts, il convient de déduire des financements accordés de 39 754,68 euros les versements accomplis par l’emprunteur, soit la somme de 35 022,20 euros (41 échéances réglées à 854,20 euros). La créance s’élève ainsi à la somme de 4 732,48 euros.

M. [E] [U] sera donc condamné à verser cette somme à Toyota Kreditbank GmbH.

L'article 1231-6 du code civil prévoit que les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal à compter de la mise en demeure.

Il est constant qu'en cas de déchéance du droit aux intérêts en application de la législation sur les crédits à la consommation, l'emprunteur n'en demeure pas moins tenu aux intérêts légaux.

Toutefois, il importe de rappeler que l’article 23 de la directive 2008/48 du Parlement européen et du Conseil concernant les contrats de crédit aux consommateurs prévoit que les Etats membres définissent le régime de sanctions applicables en cas de violation des dispositions nationales adoptées conformément à ladite directive, et prennent toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte qu'elles soient appliquées. Les sanctions doivent être effectives, proportionnées et dissuasives.

En application de ce dernier principe, la Cour de justice de l’Union Européenne a précisé, le 27 mars 2014 (affaire C565/12, SA Crédit Lyonnais c/[K] [M]) que l’article 23 précité impliquait que la juridiction, pour apprécier ce caractère dissuasif, compare dans les circonstances de l'affaire dont elle est saisie, les montants que le prêteur aurait perçus en rémunération du prêt dans l'hypothèse où il aurait respecté ses obligations légales, avec ceux qu'il percevrait en application de la sanction de la violation de ces mêmes obligations ; que, s'il est constaté au vu des circonstances spécifiques de l'espèce, que l'application de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts conventionnels est susceptible de conférer un bénéfice au prêteur, il doit constater que manifestement, le régime de sanctions en cause n'assure pas un effet réellement dissuasif à la sanction encourue, et a dans ce cas la possibilité d'écarter une norme de droit interne contraire aux normes communautaires.

En l’espèce, il a été prononcé la déchéance du droit aux intérêts, dont aucun taux pas plus que de TAEG n’était précisé dans l’encadré du contrat de crédit. Le taux d’intérêt légal au premier semestre 2026 est de 2,62 %, soit à un montant supérieur. Néanmoins, l’application de ce taux et de sa majoration de 5 points passé le délai légal de deux mois priverait en l’espèce la sanction de la déchéance du terme de son caractère dissuasif. Il convient en conséquence de ne pas faire application de l’article 1231-6 du code civil et de dire que les sommes restant dues en capital ne porteront pas intérêt, même au taux légal, ni se seront majorées de cinq points passé le délai de deux mois.

La demande de capitalisation des intérêts, devenue sans objet dès lors que la déchéance du droit aux intérêts a été prononcée et que l’intérêt légal et sa majoration ont été écartées, sera nécessairement rejetée.

VI.Sur la demande de restitution du véhicule

L'article L. 311-25 du code de la consommation prévoit la possibilité pour le prêteur, en cas de défaillance de l'emprunteur, de solliciter la restitution du bien loué.

Aux termes de l'article L.131-1 du code des procédures civiles d'exécution, tout juge peut, même d'office, ordonner une astreinte pour assurer l'exécution de sa décision.

En l’espèce, le contrat de crédit affecté comporte une clause de réserve de propriété en première page, ce qui implique qu’il est resté propriétaire pendant toute la durée du contrat.

Toyota Kreditbank GmbH étant toujours propriétaire du bien loué, il y a lieu, compte tenu de la résiliation du contrat de crédit intervenue, d'ordonner la restitution du véhicule de marque Toyota Camry Berline 218CH 2WD au numéro de série JTNB23HKOO3074264, objet du contrat de location avec option d'achat, sans qu'il n'y ait lieu de prononcer d'astreinte, n’étant pas démontré que le débiteur résisterait à la décision de justice.

VII.Sur les accessoires

Aux termes de l'article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie.

En l’espèce, M. [E] [U] qui succombe, sera condamné aux dépens.

En application de l'article 700 du code de procédure civile, dans toutes les instances le juge condamne la partie tenue aux dépens ou la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a lieu à condamnation.

En l’espèce, l’équité commande de rejeter la demande de Toyota Kreditbank GmbH au titre de l’article 700 du code de procédure civile.

En application de l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire. L'article 514-1 du même code dispose que le juge peut écarter l'exécution provisoire de droit, en tout ou partie, s'il estime qu'elle est incompatible avec la nature de l'affaire.

PAR CES MOTIFS

Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement par mise à disposition au greffe, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort,

DECLARE recevable l’action de Toyota Kreditbank GmbH ;

DECLARE abusive et en conséquence non écrite la clause de déchéance du terme du contrat de crédit de location avec option d’achat conclu entre Toyota Kreditbank GmbH et M. [E] [U] ;

REJETTE la demande principale de Toyota Kreditbank GmbH tendant constater que l’acquisition de la déchéance du terme le 10 décembre 2024 ;

PRONONCE la résolution judiciaire du contrat de crédit de location avec option d’achat du 7 août 2020 entre Toyota Kreditbank GmbH et M. [E] [U] ;

PRONONCE la déchéance totale du droit aux intérêts contractuels de ce prêt ;

DIT n’y avoir lieu à capitalisation des intérêts ;

CONDAMNE M. [E] [U] à payer à Toyota Kreditbank GmbH la somme de 4 732,48 euros au titre des restitutions qu’implique la résolution judiciaire du contrat, déduction faite des règlements intervenus ;

ECARTE l'application de l'article 1231-6 du code civil, et dit en conséquence qu’aucune des sommes précitées ne produira d'intérêt, même au taux légal, ni ne sera majorée de cinq points passé le délai de deux mois ;

ORDONNE à M. [E] [U] de restituer à Toyota Kreditbank GmbH le véhicule de marque Toyota Camry Berline 218CH 2WD au numéro de série JTNB23HKOO3074264 dans le délai d’un mois à compter de la signification de la décision ;

DIT n’y avoir lieu à prononcer une astreinte ;

DIT que le prix de vente du véhicule sera alors déduit de la créance de Toyota Kreditbank GmbH ;

REJETTE la demande de Toyota Kreditbank GmbH au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;

REJETTE pour le surplus des demandes ;

CONDAMNE M. [E] [U] aux dépens ;

RAPPELLE que la présente décision est assortie de l’exécution provisoire de droit.


LA GREFFIERE LA JUGE

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Celles qui citent les mêmes textes rares que celle-ci (code monetaire et financier L341-2, code monetaire et financier L511-7, code de la consommation L311-25). Sans IA : les citations relevées dans les décisions.

Mise à jour de la source le 2026-06-10T18:08:04.680Z.