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Décision de justice

Tribunal judiciaire de Montpellier, Contentieux général Proxi, 29 janvier 2026, n° 25/01518

Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeurContratsPrêt d'argent, crédit-bail (ou leasing), cautionnement
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Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE

Par offre sous signature privée acceptée le 19 juin 2020, la SA CA CONSUMER FINANCE a consenti à Monsieur [S] [Y] [V] un crédit affecté à l’achat d’un véhicule VOLKSWAGEN modèle Tiguan 2.0 Tdi 115 Sound 06 CV d'un montant de 18 670 € remboursable en 85 échéances d'un montant de 269,03 €, au taux débiteur de 4,590 % l’an. 

Par acte de commissaire de justice en date du 23 juin 2025, la SA CA CONSUMER FINANCE a assigné Monsieur [S] [Y] [V] devant le Juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de Montpellier, au visa de l’article 1103 du Code civil et des articles L. 312-18 et suivants du Code de la consommation aux fins : 
à titre principal : 
- constater que la déchéance du terme a été valablement prononcée, 
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] au paiement de la somme de 12048,87 € avec intérêts au taux contractuel depuis l’arrêté de compte du 3 mars 2025, 
à titre subsidiaire : 
- prononcer la résiliation judiciaire du contrat, 
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] au paiement de la somme de 12048,87 € avec intérêts au taux contractuel depuis l’arrêté de compte du 3 mars 2025, 
à titre infiniment subsidiaire : 
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] au paiement des échéances échues impayées d’un montant de 599,39 €, outre les intérêts de retard courant jusqu’à la date du règlement effectif, à un taux égal à celui du prêt outre les échéances jusqu’au jour du jugement à intervenir,
- constater que Monsieur [S] [Y] [V] devra reprendre le paiement des échéances futures, 
En tout état de cause : 
- condamner Monsieur [S] [Y] [V], sous astreinte de 80 € par jour de retard à compter du prononcé de la décision à intervenir, à restituer le bien financé, à savoir le véhicule de marque VOLKSWAGEN immatriculé [Immatriculation 3], et à défaut de restitution volontaire, l’autoriser à reprendre possession du véhicule avec le concours de la force publique, 
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] au paiement de la somme de 500€ à titre de dommages et intérêts,
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] au paiement de la somme de 600€ sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile,
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] aux dépens,
- ordonner l’exécution provisoire de la décision à intervenir.

A l'audience du 1er décembre 2025, la Juge des contentieux de la protection a relevé d’office notamment le moyen tiré de la forclusion de l’action en paiement, le moyen tiré de la déchéance du droit aux intérêts conventionnels en raison notamment du manquement du prêteur à son obligation de remettre à l’emprunteur une fiche d’informations précontractuelles européennes normalisées et une notice d’assurance, en raison du manquement du prêteur à son obligation de vérifier la solvabilité de l’emprunteur, de consulter le FICP lors de la conclusion du contrat de crédit, en raison de l’absence de bordereau de rétractation et le moyen tiré de la nullité du contrat en raison du déblocage des fonds avant le septième jour. 

A cette audience, la SA CA CONSUMER FINANCE, représentée par son conseil, a maintenu les termes de son exploit introductif d'instance auquel il convient de se référer pour un ample exposé de ses moyens conformément à l’article 455 du Code de procédure civile. Elle n’a pas souhaité de renvoi pour répondre aux moyens de déchéance du droit aux intérêts conventionnels soulevés d’office. 

A cette audience, Monsieur [S] [Y] [V] n’a pas comparu, ni n’a été représenté. 

L'affaire a été mise en délibéré au 29 janvier 2026.

Motifs

MOTIFS DE LA DECISION

En application de l'article R. 632-1 du Code de la consommation, le juge peut relever d'office toutes les dispositions du présent code dans les litiges nés de son application.

L'article 472 du code de procédure civile dispose que si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.

Sur la déchéance du terme

Il ressort du courrier adressé à l’emprunteur en date du 25 juin 2024 que le paiement de l’intégralité des sommes restant dues a été réclamé par le prêteur de sorte que celui-ci s’est nécessairement prévalu de la clause résolutoire ou de déchéance du terme stipulée au contrat de prêt, étant par ailleurs observé que ce courrier a été précédé d'une mise en demeure de payer adressée à l'emprunteur par lettre recommandée avec accusé de réception. 

Dans ces conditions, il y a lieu de constater la déchéance du terme du contrat de crédit à la date du 25 juin 2024.

Sur la déchéance du droit aux intérêts conventionnels 

Aux termes de l'article L.312-12 du code de la consommation, préalablement à la conclusion du contrat de crédit, le prêteur ou l'intermédiaire de crédit donne à l'emprunteur, par écrit ou sur un autre support durable, les informations nécessaires à la comparaison de différentes offres et permettant à l'emprunteur, compte tenu de ses préférences, d'appréhender clairement l'étendue de son engagement.

Cette fiche d'informations pré-contractuelles doit comprendre les mentions énumérées à l'article R.311-3 devenu les articles R.312-2 à R.312-6 du code de la consommation telles que présentées dans le document annexé, ainsi que la mention visée au dernier alinéa de l'article L. 311-5 devenu l'article L.312-5.





Aux termes des articles L.341-1 à L.341-9 du code de la consommation, le prêteur qui accorde un crédit en manquant aux obligations fixées par les articles L. 312-12 ou L. 312-85 pour l'information précontractuelle, L.312-14 et L. 312-16 pour le devoir d'explication et la vérification de la solvabilité, L. 312-7 pour la fiche de renseignements, L. 312-18, L. 312-21, L. 312-28, L. 312-29, L. 312-43 les articles L. 312-85 à L. 312-87 et L. 312-92 pour la formation du contrat, L. 312-64, L. 312-65 et L. 312-66 pour la formation du contrat de crédit renouvelable, L. 312-31 ou L. 312-89 pour la modification du taux débiteur, L. 312-68, L. 312-69 et L. 312-70 pour les modalités d'utilisation du crédit renouvelable, est déchu du droit aux intérêts conventionnels.

L'article 1315, devenu 1353, du code civil dispose qu'il appartient à celui qui réclame l'exécution d'une obligation de la prouver. Il appartient ainsi au prêteur, qui prétend obtenir paiement des intérêts au taux conventionnel, d'établir qu'il a satisfait aux formalités d'ordre public prescrites par le code de la consommation.

Le prêteur ne justifie pas du contenu de la fiche d'informations pré-contractuelles remise à l'emprunteur qui a été ainsi privé de la possibilité de comparer les offres de crédit dans l'union européenne, et d'appréhender clairement l'étendue de son engagement.

En conséquence, le prêteur sera intégralement déchu du droit aux intérêts conventionnels à compter de la date de la conclusion du contrat.

La déchéance du droit aux intérêts conventionnels étant prononcée sur son fondement, il n'y a pas lieu d'envisager les autres causes de déchéance du droit aux intérêts conventionnels soulevées d'office.

Sur le montant de la créance

En application de l'article L. 341-8 du Code de la consommation, lorsque le prêteur est déchu du droit aux intérêts dans les conditions prévues aux articles L. 341-1 à L. 341-7, l'emprunteur n'est tenu qu'au seul remboursement du capital suivant l'échéancier prévu, ainsi que, le cas échéant, au paiement des intérêts dont le prêteur n'a pas été déchu. 

Les sommes déjà perçues par le prêteur au titre des intérêts, qui sont productives d'intérêts au taux de l'intérêt légal à compter du jour de leur versement, sont restituées par le prêteur ou imputées sur le capital restant dû.

Cette limitation légale de la créance du prêteur déchu du droit des intérêts exclut qu'il puisse prétendre au paiement de l'indemnité prévue à l'article L. 312-39 du Code de la consommation. 

Ainsi, la créance de la SA CA CONSUMER FINANCE s’établit comme suit : 
- capital emprunté : 18 670 €
- sous déduction des versements effectués par l’emprunteur : 10 704,35 €
soit la somme de 7965,65 € à laquelle Monsieur [S] [Y] [V] sera condamné avec intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure du 25 juin 2024. Afin d’assurer l’effet de la Directive 2008/48 CE du 23 avril 2008 relative au contrat de crédit aux consommateurs et notamment son article 23, et par conséquent, le caractère effectif et dissuasif de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts conventionnels, il convient de dire que le taux légal ne sera pas majoré.

Sur la demande de restitution du véhicule


En vertu de l’article 2367 du code civil, la propriété d'un bien peut être retenue en garantie par l'effet d'une clause de réserve de propriété qui suspend l'effet translatif d'un contrat jusqu'au complet paiement de l'obligation qui en constitue la contrepartie. La propriété ainsi réservée est l'accessoire de la créance dont elle garantit le paiement.

L’article 2368 du même code dispose que la réserve de propriété est convenue par écrit.

Aux termes de l’article 2371 du code civil, à défaut de complet paiement à l'échéance, le créancier peut demander la restitution du bien afin de recouvrer le droit d'en disposer. La valeur du bien repris est imputée, à titre de paiement, sur le solde de la créance garantie. Lorsque la valeur du bien repris excède le montant de la dette garantie encore exigible, le créancier doit au débiteur une somme égale à la différence.

En l’espèce, le contrat comporte une clause de réserve de propriété de sorte qu’il y a lieu d’ordonner la restitution du véhicule de marque VOLKSWAGEN immatriculé [Immatriculation 3].

Il y a lieu d’autoriser la SA CA CONSUMER FINANCE, à défaut de remise volontaire, à appréhender ledit véhicule, et de dire que le présent jugement vaudra titre à cet égard.

Il convient de débouter la SA CA CONSUMER FINANCE de ses demandes tendant au prononcé d’une astreinte et au recours de la [Localité 4] publique à défaut de restitution volontaire.

Sur la demande de dommages et intérêts

Aux termes de l’article 1153 alinéa 4 du Code civil devenu l’article 1231-6 du Code civil, le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, pour obtenir des dommages et intérêts distincts des intérêts moratoires de la créance. 

La SA CA CONSUMER FINANCE ne justifie pas d’un préjudice distinct du retard dans le paiement déjà indemnisé par l’octroi d’intérêts moratoires. 

Il convient donc de rejeter la demande de dommages et intérêts.

Sur les demandes accessoires 

Sur les dépens

Aux termes de l'article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie. 

Monsieur [S] [Y] [V], partie perdante, sera condamné aux dépens. 

Sur l’article 700 du Code de procédure civile 

En application de l'article 700 du code de procédure civile, dans toutes les instances le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a lieu à condamnation. 

Condamné aux dépens, Monsieur [S] [Y] [V] devra verser à la SA CA CONSUMER FINANCE une somme qu’il est équitable de fixer à 100 €, sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. 

Sur l’exécution provisoire 

Aux termes de l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n'en dispose autrement.

Il convient de rappeler que l'exécution provisoire est de droit.

Dispositif

PAR CES MOTIFS

La juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort et par mise à disposition au greffe, 

CONSTATE la déchéance du terme du contrat de crédit affecté à la date du 25 juin 2024 ;

DIT que la SA CA CONSUMER FINANCE est déchue de son droit aux intérêts conventionnels au jour de la conclusion du contrat de crédit en date du 19 juin 2020 ; 

CONDAMNE Monsieur [S] [Y] [V] à payer à la SA CA CONSUMER FINANCE la somme de 7965,65 € avec intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure du 25 juin 2024, sans majoration possible de ce taux d’intérêt, au titre du contrat de crédit en date du 19 juin 2020 ; 

ORDONNE à Monsieur [S] [Y] [V] de restituer à la SA CA CONSUMER FINANCE le véhicule marque VOLKSWAGEN immatriculé [Immatriculation 3] et DIT que la valeur du bien repris s’imputera, à titre de paiement, sur le solde de la créance ; 

AUTORISE la SA CA CONSUMER FINANCE, à défaut de remise volontaire, à appréhender ledit véhicule, et DIT que le présent jugement vaudra titre à cet égard ;

DEBOUTE la SA CA CONSUMER FINANCE de ses demandes tendant au prononcé d’une astreinte et au recours de la [Localité 4] publique à défaut de restitution volontaire ; 

DEBOUTE la SA CA CONSUMER FINANCE de sa demande de dommages et intérêts ;

CONDAMNE Monsieur [S] [Y] [V] à payer à la SA CA CONSUMER FINANCE la somme de 100 € sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile ; 

CONDAMNE Monsieur [S] [Y] [V] aux dépens ; 
RAPPELLE que l’exécution provisoire est de droit. 
La greffière, La juge des contentieux de la protection,
Texte intégral
N° RG 25/01518 - N° Portalis DBYB-W-B7J-PZZL

LE TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MONTPELLIER
[Adresse 5]

JUGEMENT DU 29 Janvier 2026


DEMANDEUR:

S.A. -CA CONSUMER FINANCE, dont le siège social est sis [Adresse 1]


représentée par Maître Jérôme MARFAING-DIDIER de la SCP CABINET DECKER & ASSOCIES, avocats au barreau de TOULOUSE substituée par Me Jérôme PASCAL, avocat au barreau de MONTPELLIER



DEFENDEUR:

Monsieur [S] [Y] [V], demeurant [Adresse 2]

non comparant, ni représenté






COMPOSITION DU TRIBUNAL


Président : Delphine BRUNEAU, Juge des contentieux de la protection au Tribunal Judiciaire de Montpellier 
Greffier : Stéphanie LE CALVE 

DEBATS:

Audience publique du : 01 Décembre 2025
Affaire mise en deliberé au 29 Janvier 2026

JUGEMENT :

Rendu par mise à disposition de la décision au greffe le 29 Janvier 2026 par
 Delphine BRUNEAU, Président
assistée de Stéphanie LE CALVE, greffier




Copie exécutoire délivrée à : Maître Jérôme PASCAL





EXPOSE DU LITIGE

Par offre sous signature privée acceptée le 19 juin 2020, la SA CA CONSUMER FINANCE a consenti à Monsieur [S] [Y] [V] un crédit affecté à l’achat d’un véhicule VOLKSWAGEN modèle Tiguan 2.0 Tdi 115 Sound 06 CV d'un montant de 18 670 € remboursable en 85 échéances d'un montant de 269,03 €, au taux débiteur de 4,590 % l’an. 

Par acte de commissaire de justice en date du 23 juin 2025, la SA CA CONSUMER FINANCE a assigné Monsieur [S] [Y] [V] devant le Juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de Montpellier, au visa de l’article 1103 du Code civil et des articles L. 312-18 et suivants du Code de la consommation aux fins : 
à titre principal : 
- constater que la déchéance du terme a été valablement prononcée, 
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] au paiement de la somme de 12048,87 € avec intérêts au taux contractuel depuis l’arrêté de compte du 3 mars 2025, 
à titre subsidiaire : 
- prononcer la résiliation judiciaire du contrat, 
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] au paiement de la somme de 12048,87 € avec intérêts au taux contractuel depuis l’arrêté de compte du 3 mars 2025, 
à titre infiniment subsidiaire : 
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] au paiement des échéances échues impayées d’un montant de 599,39 €, outre les intérêts de retard courant jusqu’à la date du règlement effectif, à un taux égal à celui du prêt outre les échéances jusqu’au jour du jugement à intervenir,
- constater que Monsieur [S] [Y] [V] devra reprendre le paiement des échéances futures, 
En tout état de cause : 
- condamner Monsieur [S] [Y] [V], sous astreinte de 80 € par jour de retard à compter du prononcé de la décision à intervenir, à restituer le bien financé, à savoir le véhicule de marque VOLKSWAGEN immatriculé [Immatriculation 3], et à défaut de restitution volontaire, l’autoriser à reprendre possession du véhicule avec le concours de la force publique, 
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] au paiement de la somme de 500€ à titre de dommages et intérêts,
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] au paiement de la somme de 600€ sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile,
- condamner Monsieur [S] [Y] [V] aux dépens,
- ordonner l’exécution provisoire de la décision à intervenir.

A l'audience du 1er décembre 2025, la Juge des contentieux de la protection a relevé d’office notamment le moyen tiré de la forclusion de l’action en paiement, le moyen tiré de la déchéance du droit aux intérêts conventionnels en raison notamment du manquement du prêteur à son obligation de remettre à l’emprunteur une fiche d’informations précontractuelles européennes normalisées et une notice d’assurance, en raison du manquement du prêteur à son obligation de vérifier la solvabilité de l’emprunteur, de consulter le FICP lors de la conclusion du contrat de crédit, en raison de l’absence de bordereau de rétractation et le moyen tiré de la nullité du contrat en raison du déblocage des fonds avant le septième jour. 

A cette audience, la SA CA CONSUMER FINANCE, représentée par son conseil, a maintenu les termes de son exploit introductif d'instance auquel il convient de se référer pour un ample exposé de ses moyens conformément à l’article 455 du Code de procédure civile. Elle n’a pas souhaité de renvoi pour répondre aux moyens de déchéance du droit aux intérêts conventionnels soulevés d’office. 

A cette audience, Monsieur [S] [Y] [V] n’a pas comparu, ni n’a été représenté. 

L'affaire a été mise en délibéré au 29 janvier 2026. 


MOTIFS DE LA DECISION

En application de l'article R. 632-1 du Code de la consommation, le juge peut relever d'office toutes les dispositions du présent code dans les litiges nés de son application.

L'article 472 du code de procédure civile dispose que si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.

Sur la déchéance du terme

Il ressort du courrier adressé à l’emprunteur en date du 25 juin 2024 que le paiement de l’intégralité des sommes restant dues a été réclamé par le prêteur de sorte que celui-ci s’est nécessairement prévalu de la clause résolutoire ou de déchéance du terme stipulée au contrat de prêt, étant par ailleurs observé que ce courrier a été précédé d'une mise en demeure de payer adressée à l'emprunteur par lettre recommandée avec accusé de réception. 

Dans ces conditions, il y a lieu de constater la déchéance du terme du contrat de crédit à la date du 25 juin 2024.

Sur la déchéance du droit aux intérêts conventionnels 

Aux termes de l'article L.312-12 du code de la consommation, préalablement à la conclusion du contrat de crédit, le prêteur ou l'intermédiaire de crédit donne à l'emprunteur, par écrit ou sur un autre support durable, les informations nécessaires à la comparaison de différentes offres et permettant à l'emprunteur, compte tenu de ses préférences, d'appréhender clairement l'étendue de son engagement.

Cette fiche d'informations pré-contractuelles doit comprendre les mentions énumérées à l'article R.311-3 devenu les articles R.312-2 à R.312-6 du code de la consommation telles que présentées dans le document annexé, ainsi que la mention visée au dernier alinéa de l'article L. 311-5 devenu l'article L.312-5.





Aux termes des articles L.341-1 à L.341-9 du code de la consommation, le prêteur qui accorde un crédit en manquant aux obligations fixées par les articles L. 312-12 ou L. 312-85 pour l'information précontractuelle, L.312-14 et L. 312-16 pour le devoir d'explication et la vérification de la solvabilité, L. 312-7 pour la fiche de renseignements, L. 312-18, L. 312-21, L. 312-28, L. 312-29, L. 312-43 les articles L. 312-85 à L. 312-87 et L. 312-92 pour la formation du contrat, L. 312-64, L. 312-65 et L. 312-66 pour la formation du contrat de crédit renouvelable, L. 312-31 ou L. 312-89 pour la modification du taux débiteur, L. 312-68, L. 312-69 et L. 312-70 pour les modalités d'utilisation du crédit renouvelable, est déchu du droit aux intérêts conventionnels.

L'article 1315, devenu 1353, du code civil dispose qu'il appartient à celui qui réclame l'exécution d'une obligation de la prouver. Il appartient ainsi au prêteur, qui prétend obtenir paiement des intérêts au taux conventionnel, d'établir qu'il a satisfait aux formalités d'ordre public prescrites par le code de la consommation.

Le prêteur ne justifie pas du contenu de la fiche d'informations pré-contractuelles remise à l'emprunteur qui a été ainsi privé de la possibilité de comparer les offres de crédit dans l'union européenne, et d'appréhender clairement l'étendue de son engagement.

En conséquence, le prêteur sera intégralement déchu du droit aux intérêts conventionnels à compter de la date de la conclusion du contrat.

La déchéance du droit aux intérêts conventionnels étant prononcée sur son fondement, il n'y a pas lieu d'envisager les autres causes de déchéance du droit aux intérêts conventionnels soulevées d'office.

Sur le montant de la créance

En application de l'article L. 341-8 du Code de la consommation, lorsque le prêteur est déchu du droit aux intérêts dans les conditions prévues aux articles L. 341-1 à L. 341-7, l'emprunteur n'est tenu qu'au seul remboursement du capital suivant l'échéancier prévu, ainsi que, le cas échéant, au paiement des intérêts dont le prêteur n'a pas été déchu. 

Les sommes déjà perçues par le prêteur au titre des intérêts, qui sont productives d'intérêts au taux de l'intérêt légal à compter du jour de leur versement, sont restituées par le prêteur ou imputées sur le capital restant dû.

Cette limitation légale de la créance du prêteur déchu du droit des intérêts exclut qu'il puisse prétendre au paiement de l'indemnité prévue à l'article L. 312-39 du Code de la consommation. 

Ainsi, la créance de la SA CA CONSUMER FINANCE s’établit comme suit : 
- capital emprunté : 18 670 €
- sous déduction des versements effectués par l’emprunteur : 10 704,35 €
soit la somme de 7965,65 € à laquelle Monsieur [S] [Y] [V] sera condamné avec intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure du 25 juin 2024. Afin d’assurer l’effet de la Directive 2008/48 CE du 23 avril 2008 relative au contrat de crédit aux consommateurs et notamment son article 23, et par conséquent, le caractère effectif et dissuasif de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts conventionnels, il convient de dire que le taux légal ne sera pas majoré.

Sur la demande de restitution du véhicule


En vertu de l’article 2367 du code civil, la propriété d'un bien peut être retenue en garantie par l'effet d'une clause de réserve de propriété qui suspend l'effet translatif d'un contrat jusqu'au complet paiement de l'obligation qui en constitue la contrepartie. La propriété ainsi réservée est l'accessoire de la créance dont elle garantit le paiement.

L’article 2368 du même code dispose que la réserve de propriété est convenue par écrit.

Aux termes de l’article 2371 du code civil, à défaut de complet paiement à l'échéance, le créancier peut demander la restitution du bien afin de recouvrer le droit d'en disposer. La valeur du bien repris est imputée, à titre de paiement, sur le solde de la créance garantie. Lorsque la valeur du bien repris excède le montant de la dette garantie encore exigible, le créancier doit au débiteur une somme égale à la différence.

En l’espèce, le contrat comporte une clause de réserve de propriété de sorte qu’il y a lieu d’ordonner la restitution du véhicule de marque VOLKSWAGEN immatriculé [Immatriculation 3].

Il y a lieu d’autoriser la SA CA CONSUMER FINANCE, à défaut de remise volontaire, à appréhender ledit véhicule, et de dire que le présent jugement vaudra titre à cet égard.

Il convient de débouter la SA CA CONSUMER FINANCE de ses demandes tendant au prononcé d’une astreinte et au recours de la [Localité 4] publique à défaut de restitution volontaire.

Sur la demande de dommages et intérêts

Aux termes de l’article 1153 alinéa 4 du Code civil devenu l’article 1231-6 du Code civil, le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, pour obtenir des dommages et intérêts distincts des intérêts moratoires de la créance. 

La SA CA CONSUMER FINANCE ne justifie pas d’un préjudice distinct du retard dans le paiement déjà indemnisé par l’octroi d’intérêts moratoires. 

Il convient donc de rejeter la demande de dommages et intérêts.

Sur les demandes accessoires 

Sur les dépens

Aux termes de l'article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie. 

Monsieur [S] [Y] [V], partie perdante, sera condamné aux dépens. 

Sur l’article 700 du Code de procédure civile 

En application de l'article 700 du code de procédure civile, dans toutes les instances le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a lieu à condamnation. 

Condamné aux dépens, Monsieur [S] [Y] [V] devra verser à la SA CA CONSUMER FINANCE une somme qu’il est équitable de fixer à 100 €, sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. 

Sur l’exécution provisoire 

Aux termes de l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n'en dispose autrement.

Il convient de rappeler que l'exécution provisoire est de droit. 

PAR CES MOTIFS

La juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort et par mise à disposition au greffe, 

CONSTATE la déchéance du terme du contrat de crédit affecté à la date du 25 juin 2024 ;

DIT que la SA CA CONSUMER FINANCE est déchue de son droit aux intérêts conventionnels au jour de la conclusion du contrat de crédit en date du 19 juin 2020 ; 

CONDAMNE Monsieur [S] [Y] [V] à payer à la SA CA CONSUMER FINANCE la somme de 7965,65 € avec intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure du 25 juin 2024, sans majoration possible de ce taux d’intérêt, au titre du contrat de crédit en date du 19 juin 2020 ; 

ORDONNE à Monsieur [S] [Y] [V] de restituer à la SA CA CONSUMER FINANCE le véhicule marque VOLKSWAGEN immatriculé [Immatriculation 3] et DIT que la valeur du bien repris s’imputera, à titre de paiement, sur le solde de la créance ; 

AUTORISE la SA CA CONSUMER FINANCE, à défaut de remise volontaire, à appréhender ledit véhicule, et DIT que le présent jugement vaudra titre à cet égard ;

DEBOUTE la SA CA CONSUMER FINANCE de ses demandes tendant au prononcé d’une astreinte et au recours de la [Localité 4] publique à défaut de restitution volontaire ; 

DEBOUTE la SA CA CONSUMER FINANCE de sa demande de dommages et intérêts ;

CONDAMNE Monsieur [S] [Y] [V] à payer à la SA CA CONSUMER FINANCE la somme de 100 € sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile ; 

CONDAMNE Monsieur [S] [Y] [V] aux dépens ; 
RAPPELLE que l’exécution provisoire est de droit. 
La greffière, La juge des contentieux de la protection,

Décisions proches

Celles qui citent les mêmes textes rares que celle-ci (code de la consommation R312-6, code civil 2368, code de la consommation R312-2, code de la consommation L312-18, code civil 2371, code civil 2367, code de la consommation L341-9). Sans IA : les citations relevées dans les décisions.

Mise à jour de la source le 2026-02-06T02:50:01.923Z.