Tribunal judiciaire de Lille, Pôle social, 31 août 2026, n° 25/01217
Exposé du litige
Exposé du litige : M. [C] [G], né le 22 octobre 1962, a été embauché par la SASU [1] en qualité d'agent de maitrise à compter du 15 octobre 1985. Le 25 novembre 2020, la SASU [1] a déclaré à la caisse primaire d'assurance maladie de la [Localité 2] un accident du travail survenu sur le lieu de travail habituel de l'assuré le 23 novembre 2020 à 3 heures 20 dans les circonstances suivantes : " Activité de la victime lors de l'accident : Le salarié conduisait le chariot électrique Nature de l'accident : le salarié déclare qu'il aurait roulé dans un trou sur le bitume, lui causant une douleur au niveau du bas du dos. ". Le certificat médical initial établi le 24 novembre 2020 par le Docteur [M] [F] [S] mentionne : " D+D# Lombalgie aiguë avec contracture musculaire, lassègue bilat à 30° ". Par courrier du 24 novembre 2020, l'employeur a émis des réserves. Par décision du 19 février 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la [Localité 2] a pris en charge d'emblée l'accident du 23 novembre 2020 de M. [C] [G] au titre de la législation sur les risques professionnels. Le 13 septembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de la [Localité 2] a notifié que son médecin conseil a fixé la consolidation à la date du 8 septembre 2021. Par courrier du 13 décembre 2024, la SASU [1] a saisi la commission médicale de recours amiable afin de contester la durée des arrêts de travail et soins prescrits à M. [C] [G]. Par courrier recommandé expédié le 19 mai 2025, la SASU [1] a saisi le tribunal d'un recours à l'encontre de la décision implicite de rejet de la commission médicale de recours amiable. Les parties ont échangé leurs écritures dans le cadre de la mise en état du dossier. Par ordonnance du 4 décembre 2025, la clôture de l'instruction a été ordonnée et l'affaire a été fixée à l'audience du 1er juin 2026, date à laquelle elle a été plaidée en présence des parties dûment représentées. * * * * Par conclusions reprises oralement auxquelles il convient de se reporter pour plus ample exposé des moyens, la SASU [1] demande au tribunal de : A titre principal, - déclarer les arrêts et soins prescrits à compter du 19 décembre 2020 inopposables ; - ordonner l'exécution provisoire; A titre subsidiaire avant dire droit, - ordonner une expertise médicale afin de vérifier l'imputabilité des soins et arrêts de travail indemnisés au titre de l'accident déclaré selon les modalités reprises dans ses conclusions ; - déclarer inopposable à son égard les soins et arrêts de travail prescrits n'étant pas en causalité directe et certaine avec l'accident du 23 novembre 2020 ; - condamner la CPAM aux entiers dépens. * Par conclusions écrites auxquelles il convient de se reporter pour plus ample exposé des moyens, la CPAM de la Loire, qui a sollicité sa dispense de comparution au visa de l'article R.142-10 -4 du code de la sécurité sociale et de l'article 446-1 du code de procédure civile, demande au tribunal de : - statuer en premier ressort ; - rejeter la demande d'inopposabilité formulée par la société ; - rejeter la demande d'expertise ; Le dossier a été mis en délibéré au 31 août 2026.
Motifs
MOTIFS : - Sur l'imputabilité des soins et arrêt à l'accident du travail du 23 novembre 2020 : En application des dispositions des articles L 411-1, L 431-1 et L 433-1 du code de la sécurité sociale, la présomption d'imputabilité s'applique aux lésions initiales, à leurs complications, à l'état pathologique antérieur aggravé par l'accident ou la maladie, pendant toute la période d'incapacité précédent la guérison complète ou la consolidation et postérieurement aux soins destinés à prévenir une aggravation et plus généralement à toutes les conséquences directes de l'accident et fait obligation à la caisse primaire d'assurance maladie de prendre en charge au titre de la législation sur les accidents du travail, auxquels se rattacheraient exclusivement les soins et arrêts de travail postérieurs à celui-ci. Dès lorsqu'un arrêt de travail a été initialement prescrit ou que le certificat médical initial d'accident du travail est assorti d'un arrêt de travail, la présomption d'imputabilité s'étend donc à toute la durée d'incapacité de travail précédant, soit la guérison complète, soit la consolidation de l'état de la victime, et il appartient à l'employeur d'en apporter la preuve contraire. La preuve de la continuité de symptômes et de soins est à la charge de la partie qui se prévaut de l'application de la présomption d'imputabilité, en l'espèce, la caisse primaire d'assurance maladie de la [Localité 2]. En l'espèce, la caisse primaire d'assurance maladie a produit au tribunal les pièces suivantes : - le certificat médical initial établi le 24 novembre 2020 par le Docteur [M] [F] [S] mentionnant : " D+G# Lombalgie aigue avec contracture musculaire, lassègue bilat à 30° " (pièce n°2 caisse) et prescrivant un arrêt de travail jusqu'au 18 décembre 2020 inclus ; - les certificats médicaux de prolongation et avis d'arrêt de travail établis par le docteur [M] [F] [S] (pièce n°4 caisse) visant le même diagnostic ainsi que des discopathies et prescrivant des arrêts et soins sans discontinuer jusqu'au 10 septembre 2021 inclus ; - la décision de la Caisse du 13 septembre 2021 (pièce n°5 caisse) fixant la date de guérison au 8 septembre 2021, suite à l'avis de son médecin-conseil. - l'attestation de paiement des indemnités journalières à M. [C] [G] du 25 novembre 2020 au 8 septembre 2021 inclus (pièce n°6 caisse). Il y a lieu de constater que la caisse a versé des indemnités journalières jusqu'au 8 septembre 2021, date de guérison, justifiant donc d'arrêts de travail continus. Dans ces conditions, la CPAM justifie de la continuité des symptômes et soins de M. [C] [G]. Dès lors, la présomption d'imputabilité est établie. Il appartient à l'employeur de rapporter la preuve contraire, selon laquelle tout ou partie des soins et arrêts de travail seraient imputables à des causes totalement étrangères à cet accident. En l'espèce, la SASU [1] produit notamment au tribunal un rapport médical établi par le Docteur [X] [V] le 24 novembre 2025 (pièce n°4 demandeur) lequel, constituant un commencement de preuve, mentionne que : " Dans ce contexte, l'AT du 23/11/2020 est responsable d'une simple lombalgie musculaire. L'atteinte discale est d'ordre dégénératif, non imputable, non cohérente avec le fait accidentel et évoluait pour son propre compte. Elle justifiait de la suite de la prise en charge. Seuls les arrêts jusqu'au 18/12/2020 sont médicalement justifiés. Conclusions Donc, compte tenu des éléments en notre possession, de leur qualité, de l'analyse qui en a été faite, l'AT du 23/11/2020 est responsable d'une lombalgie. Il est possible d'affirmer : - Les lésions initiales sont cohérentes mais bénignes. - L'atteinte discale reste totalement étrangère à l'AT, non imputable, d'ordre dégénératif. Il s'agit également d'une nouvelle lésion non instruite par la CPAM. - Il existe une véritable discontinuité de soins et symptômes entre le 18/12/2020 et le 14/01/2021. - Seul l'arrêt jusqu'au 18/12/2020 est imputable au sinistre." Dans ces conditions, une mesure d'instruction judiciaire est, dès lors, le seul moyen permettant d'apprécier le bien fondé des décisions de la caisse, et elle constitue un élément de preuve essentiel qui doit être débattu entre les parties. En conséquence, une consultation médicale sur pièces doit être ordonnée, aux frais de la caisse (article L.142-11 code de la sécurité sociale), avant dire droit sur la demande d'inopposabilité des soins et arrêts de travail de l'assuré, afin de déterminer les arrêts de travail en relation causale avec l'accident du travail du 23 novembre 2020. Le secret médical posé par l'article R.4127-4 du code de la santé publique interdit à une juridiction de se faire communiquer l'entier dossier médical d'un assuré social. En revanche, le secret médical ne saurait être opposé à un médecin expert appelé à éclairer le juge sur les conditions d'attribution d'une prestation, étant précisé que le médecin expert est lui-même tenu au secret médical et ne peut révéler que des éléments de nature à apporter une réponse aux questions posées. En application de l'article 11 du code de procédure civile, la caisse primaire d'assurance maladie doit communiquer à l'expert l'entier dossier médical de M. [C] [G] détenu par le service médical, sauf au à tirer toutes les conséquences de son abstention ou de son refus. Dans l'attente du jugement à intervenir après consultation, il y a lieu de surseoir à statuer sur les autres demandes. PAR CES MOTIFS : Le tribunal, par décision contradictoire rendue en premier ressort et par mise à disposition au greffe : AVANT-DIRE-DROIT SUR LA DEMANDE D'INOPPOSABILITÉ DES SOINS ET ARRÊTS DE TRAVAIL prescrits à M. [C] [G], ORDONNE une consultation médicale sur pièces au titre de l'article R142-16 et suivants du code de la sécurité sociale, et NOMME pour y procéder le Docteur [P] [K], [Adresse 3] avec mission de : 1) Prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de l'assuré, dont le rapport médical mentionné à l'article R 142-16-3, que la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la [Localité 2] et/ou son service médical, devra transmettre dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement ; 2) Prendre connaissance des observations éventuelles du médecin conseil de la SASU [1] qui devront être transmises dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement ; 3) Dire si les arrêts de travail prescrits postérieurement au certificat médical initial sont directement et exclusivement imputables à l'accident du travail du 23 novembre 2020 de M. [C] [G] ; 4) Dans la négative, dire dans quelle proportion ils sont rattachables à une pathologie intercurrente ou à une pathologie antérieure non révélée ou aggravée par l'accident du travail et la décrire ; 5) Déterminer la date à partir de laquelle les arrêts de travail ont une cause totalement étrangère à l'accident du travail du 23 novembre 2020 de M. [C] [G] ; RAPPELLE à la SASU [1] qu'elle dispose d'un délai de dix jours à compter de la notification de la présente décision pour demander, par tous moyens conférant date certaine, à l'organisme de sécurité sociale, de notifier au médecin qu'il mandate à cet effet, l'intégralité des rapports précités, qui lui seront transmis, si cela n'a pas déjà été fait, dans le délai de vingt jours à compter de la réception de la demande de l'employeur ; DÉSIGNE le magistrat ayant ordonné la mesure pour suivre la mesure d'instruction et statuer sur tous incidents ; DIT que le médecin consultant désigné devra adresser un rapport écrit en 4 exemplaires au greffe du pôle social du tribunal judiciaire de Lille, [Adresse 4], dans un délai de 6 mois à compter de la date à laquelle il aura été avisé de sa mission ; DIT qu'une copie du rapport écrit de la consultation médicale sur pièces dès réception sera adressée aux parties par le greffe du pôle social du tribunal judiciaire de Lille par lettre simple ; RENVOIE l'affaire après consultation à l'audience de mise en état dématérialisée du : JEUDI 4 février 2027 à 09 heures Devant la chambre du PÔLE SOCIAL Du TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LILLE, [Adresse 5] à [Localité 4] ; DIT que le présent jugement notifié vaut convocation des parties à l'audience de mise en état du jeudi 4 février 2027 à 09 heures ; SURSOIT à statuer sur les demandes dans l'attente de la réception du rapport de consultation médicale ; RÉSERVE les dépens ; RAPPELLE qu'en vertu de l'article L142-11 du code de la sécurité sociale, les frais de consultation médicale seront pris en charge par la caisse nationale d'assurance maladie; DIT que le présent jugement sera notifié à chacune des parties conformément à l'article R.142-10-7 du code de la sécurité sociale par le greffe du tribunal. Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe du tribunal les jours, mois et an sus-dit. LE GREFFIER LE PRÉSIDENT Pôle social N° RG 25/01217 - N° Portalis DBZS-W-B7J-ZTDC S.A.S.U. [1] C/ CPAM DE LA [Localité 2]
Dispositif
EN CONSÉQUENCE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE MANDE ET ORDONNE A tous commissaires de justice sur ce requis, de mettre les présentes à exécution ; Aux Procureurs Généraux et aux Procureurs de la République près des Tribunaux Judiciaires d'y tenir la main ; A tous Commandants et Officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu'ils en seront légalement requis ; En foi de quoi les présentes ont été signées et scellées du sceau du Tribunal ; POUR EXPÉDITION CONFORME
Texte intégral
1/ Tribunal judiciaire de Lille N° RG 25/01217 - N° Portalis DBZS-W-B7J-ZTDC TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LILLE PÔLE SOCIAL -o-o-o-o-o-o-o-o-o- JUGEMENT DU 31 AOUT 2026 N° RG 25/01217 - N° Portalis DBZS-W-B7J-ZTDC DEMANDERESSE : S.A.S.U. [1] [Adresse 1] [Localité 1] représentée par Me Michaël RUIMY, avocat au barreau de LYON substitué par Me Julien TSOUDEROS DEFENDERESSE : CPAM DE LA [Localité 2] [Adresse 2] [Localité 3] dispensée de comparaître COMPOSITION DU TRIBUNAL Président : Benjamin PIERRE, Vice-Président Assesseur : Patrick WISNIEWSKI, Assesseur du pôle social collège employeur Assesseur : Kevin ANSSEAU, Assesseur du pôle social collège salarié Greffier Christian TUY, DÉBATS : A l’audience publique du 01 Juin 2026, date à laquelle l’affaire a été mise en délibéré, les parties ont été avisées que le jugement serait rendu le 31 Août 2026. Exposé du litige : M. [C] [G], né le 22 octobre 1962, a été embauché par la SASU [1] en qualité d'agent de maitrise à compter du 15 octobre 1985. Le 25 novembre 2020, la SASU [1] a déclaré à la caisse primaire d'assurance maladie de la [Localité 2] un accident du travail survenu sur le lieu de travail habituel de l'assuré le 23 novembre 2020 à 3 heures 20 dans les circonstances suivantes : " Activité de la victime lors de l'accident : Le salarié conduisait le chariot électrique Nature de l'accident : le salarié déclare qu'il aurait roulé dans un trou sur le bitume, lui causant une douleur au niveau du bas du dos. ". Le certificat médical initial établi le 24 novembre 2020 par le Docteur [M] [F] [S] mentionne : " D+D# Lombalgie aiguë avec contracture musculaire, lassègue bilat à 30° ". Par courrier du 24 novembre 2020, l'employeur a émis des réserves. Par décision du 19 février 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la [Localité 2] a pris en charge d'emblée l'accident du 23 novembre 2020 de M. [C] [G] au titre de la législation sur les risques professionnels. Le 13 septembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de la [Localité 2] a notifié que son médecin conseil a fixé la consolidation à la date du 8 septembre 2021. Par courrier du 13 décembre 2024, la SASU [1] a saisi la commission médicale de recours amiable afin de contester la durée des arrêts de travail et soins prescrits à M. [C] [G]. Par courrier recommandé expédié le 19 mai 2025, la SASU [1] a saisi le tribunal d'un recours à l'encontre de la décision implicite de rejet de la commission médicale de recours amiable. Les parties ont échangé leurs écritures dans le cadre de la mise en état du dossier. Par ordonnance du 4 décembre 2025, la clôture de l'instruction a été ordonnée et l'affaire a été fixée à l'audience du 1er juin 2026, date à laquelle elle a été plaidée en présence des parties dûment représentées. * * * * Par conclusions reprises oralement auxquelles il convient de se reporter pour plus ample exposé des moyens, la SASU [1] demande au tribunal de : A titre principal, - déclarer les arrêts et soins prescrits à compter du 19 décembre 2020 inopposables ; - ordonner l'exécution provisoire; A titre subsidiaire avant dire droit, - ordonner une expertise médicale afin de vérifier l'imputabilité des soins et arrêts de travail indemnisés au titre de l'accident déclaré selon les modalités reprises dans ses conclusions ; - déclarer inopposable à son égard les soins et arrêts de travail prescrits n'étant pas en causalité directe et certaine avec l'accident du 23 novembre 2020 ; - condamner la CPAM aux entiers dépens. * Par conclusions écrites auxquelles il convient de se reporter pour plus ample exposé des moyens, la CPAM de la Loire, qui a sollicité sa dispense de comparution au visa de l'article R.142-10 -4 du code de la sécurité sociale et de l'article 446-1 du code de procédure civile, demande au tribunal de : - statuer en premier ressort ; - rejeter la demande d'inopposabilité formulée par la société ; - rejeter la demande d'expertise ; Le dossier a été mis en délibéré au 31 août 2026. MOTIFS : - Sur l'imputabilité des soins et arrêt à l'accident du travail du 23 novembre 2020 : En application des dispositions des articles L 411-1, L 431-1 et L 433-1 du code de la sécurité sociale, la présomption d'imputabilité s'applique aux lésions initiales, à leurs complications, à l'état pathologique antérieur aggravé par l'accident ou la maladie, pendant toute la période d'incapacité précédent la guérison complète ou la consolidation et postérieurement aux soins destinés à prévenir une aggravation et plus généralement à toutes les conséquences directes de l'accident et fait obligation à la caisse primaire d'assurance maladie de prendre en charge au titre de la législation sur les accidents du travail, auxquels se rattacheraient exclusivement les soins et arrêts de travail postérieurs à celui-ci. Dès lorsqu'un arrêt de travail a été initialement prescrit ou que le certificat médical initial d'accident du travail est assorti d'un arrêt de travail, la présomption d'imputabilité s'étend donc à toute la durée d'incapacité de travail précédant, soit la guérison complète, soit la consolidation de l'état de la victime, et il appartient à l'employeur d'en apporter la preuve contraire. La preuve de la continuité de symptômes et de soins est à la charge de la partie qui se prévaut de l'application de la présomption d'imputabilité, en l'espèce, la caisse primaire d'assurance maladie de la [Localité 2]. En l'espèce, la caisse primaire d'assurance maladie a produit au tribunal les pièces suivantes : - le certificat médical initial établi le 24 novembre 2020 par le Docteur [M] [F] [S] mentionnant : " D+G# Lombalgie aigue avec contracture musculaire, lassègue bilat à 30° " (pièce n°2 caisse) et prescrivant un arrêt de travail jusqu'au 18 décembre 2020 inclus ; - les certificats médicaux de prolongation et avis d'arrêt de travail établis par le docteur [M] [F] [S] (pièce n°4 caisse) visant le même diagnostic ainsi que des discopathies et prescrivant des arrêts et soins sans discontinuer jusqu'au 10 septembre 2021 inclus ; - la décision de la Caisse du 13 septembre 2021 (pièce n°5 caisse) fixant la date de guérison au 8 septembre 2021, suite à l'avis de son médecin-conseil. - l'attestation de paiement des indemnités journalières à M. [C] [G] du 25 novembre 2020 au 8 septembre 2021 inclus (pièce n°6 caisse). Il y a lieu de constater que la caisse a versé des indemnités journalières jusqu'au 8 septembre 2021, date de guérison, justifiant donc d'arrêts de travail continus. Dans ces conditions, la CPAM justifie de la continuité des symptômes et soins de M. [C] [G]. Dès lors, la présomption d'imputabilité est établie. Il appartient à l'employeur de rapporter la preuve contraire, selon laquelle tout ou partie des soins et arrêts de travail seraient imputables à des causes totalement étrangères à cet accident. En l'espèce, la SASU [1] produit notamment au tribunal un rapport médical établi par le Docteur [X] [V] le 24 novembre 2025 (pièce n°4 demandeur) lequel, constituant un commencement de preuve, mentionne que : " Dans ce contexte, l'AT du 23/11/2020 est responsable d'une simple lombalgie musculaire. L'atteinte discale est d'ordre dégénératif, non imputable, non cohérente avec le fait accidentel et évoluait pour son propre compte. Elle justifiait de la suite de la prise en charge. Seuls les arrêts jusqu'au 18/12/2020 sont médicalement justifiés. Conclusions Donc, compte tenu des éléments en notre possession, de leur qualité, de l'analyse qui en a été faite, l'AT du 23/11/2020 est responsable d'une lombalgie. Il est possible d'affirmer : - Les lésions initiales sont cohérentes mais bénignes. - L'atteinte discale reste totalement étrangère à l'AT, non imputable, d'ordre dégénératif. Il s'agit également d'une nouvelle lésion non instruite par la CPAM. - Il existe une véritable discontinuité de soins et symptômes entre le 18/12/2020 et le 14/01/2021. - Seul l'arrêt jusqu'au 18/12/2020 est imputable au sinistre." Dans ces conditions, une mesure d'instruction judiciaire est, dès lors, le seul moyen permettant d'apprécier le bien fondé des décisions de la caisse, et elle constitue un élément de preuve essentiel qui doit être débattu entre les parties. En conséquence, une consultation médicale sur pièces doit être ordonnée, aux frais de la caisse (article L.142-11 code de la sécurité sociale), avant dire droit sur la demande d'inopposabilité des soins et arrêts de travail de l'assuré, afin de déterminer les arrêts de travail en relation causale avec l'accident du travail du 23 novembre 2020. Le secret médical posé par l'article R.4127-4 du code de la santé publique interdit à une juridiction de se faire communiquer l'entier dossier médical d'un assuré social. En revanche, le secret médical ne saurait être opposé à un médecin expert appelé à éclairer le juge sur les conditions d'attribution d'une prestation, étant précisé que le médecin expert est lui-même tenu au secret médical et ne peut révéler que des éléments de nature à apporter une réponse aux questions posées. En application de l'article 11 du code de procédure civile, la caisse primaire d'assurance maladie doit communiquer à l'expert l'entier dossier médical de M. [C] [G] détenu par le service médical, sauf au à tirer toutes les conséquences de son abstention ou de son refus. Dans l'attente du jugement à intervenir après consultation, il y a lieu de surseoir à statuer sur les autres demandes. PAR CES MOTIFS : Le tribunal, par décision contradictoire rendue en premier ressort et par mise à disposition au greffe : AVANT-DIRE-DROIT SUR LA DEMANDE D'INOPPOSABILITÉ DES SOINS ET ARRÊTS DE TRAVAIL prescrits à M. [C] [G], ORDONNE une consultation médicale sur pièces au titre de l'article R142-16 et suivants du code de la sécurité sociale, et NOMME pour y procéder le Docteur [P] [K], [Adresse 3] avec mission de : 1) Prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de l'assuré, dont le rapport médical mentionné à l'article R 142-16-3, que la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la [Localité 2] et/ou son service médical, devra transmettre dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement ; 2) Prendre connaissance des observations éventuelles du médecin conseil de la SASU [1] qui devront être transmises dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement ; 3) Dire si les arrêts de travail prescrits postérieurement au certificat médical initial sont directement et exclusivement imputables à l'accident du travail du 23 novembre 2020 de M. [C] [G] ; 4) Dans la négative, dire dans quelle proportion ils sont rattachables à une pathologie intercurrente ou à une pathologie antérieure non révélée ou aggravée par l'accident du travail et la décrire ; 5) Déterminer la date à partir de laquelle les arrêts de travail ont une cause totalement étrangère à l'accident du travail du 23 novembre 2020 de M. [C] [G] ; RAPPELLE à la SASU [1] qu'elle dispose d'un délai de dix jours à compter de la notification de la présente décision pour demander, par tous moyens conférant date certaine, à l'organisme de sécurité sociale, de notifier au médecin qu'il mandate à cet effet, l'intégralité des rapports précités, qui lui seront transmis, si cela n'a pas déjà été fait, dans le délai de vingt jours à compter de la réception de la demande de l'employeur ; DÉSIGNE le magistrat ayant ordonné la mesure pour suivre la mesure d'instruction et statuer sur tous incidents ; DIT que le médecin consultant désigné devra adresser un rapport écrit en 4 exemplaires au greffe du pôle social du tribunal judiciaire de Lille, [Adresse 4], dans un délai de 6 mois à compter de la date à laquelle il aura été avisé de sa mission ; DIT qu'une copie du rapport écrit de la consultation médicale sur pièces dès réception sera adressée aux parties par le greffe du pôle social du tribunal judiciaire de Lille par lettre simple ; RENVOIE l'affaire après consultation à l'audience de mise en état dématérialisée du : JEUDI 4 février 2027 à 09 heures Devant la chambre du PÔLE SOCIAL Du TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LILLE, [Adresse 5] à [Localité 4] ; DIT que le présent jugement notifié vaut convocation des parties à l'audience de mise en état du jeudi 4 février 2027 à 09 heures ; SURSOIT à statuer sur les demandes dans l'attente de la réception du rapport de consultation médicale ; RÉSERVE les dépens ; RAPPELLE qu'en vertu de l'article L142-11 du code de la sécurité sociale, les frais de consultation médicale seront pris en charge par la caisse nationale d'assurance maladie; DIT que le présent jugement sera notifié à chacune des parties conformément à l'article R.142-10-7 du code de la sécurité sociale par le greffe du tribunal. Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe du tribunal les jours, mois et an sus-dit. LE GREFFIER LE PRÉSIDENT Pôle social N° RG 25/01217 - N° Portalis DBZS-W-B7J-ZTDC S.A.S.U. [1] C/ CPAM DE LA [Localité 2] EN CONSÉQUENCE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE MANDE ET ORDONNE A tous commissaires de justice sur ce requis, de mettre les présentes à exécution ; Aux Procureurs Généraux et aux Procureurs de la République près des Tribunaux Judiciaires d'y tenir la main ; A tous Commandants et Officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu'ils en seront légalement requis ; En foi de quoi les présentes ont été signées et scellées du sceau du Tribunal ; POUR EXPÉDITION CONFORME
Décisions proches
Celles qui citent les mêmes textes rares que celle-ci (code de la securite sociale R142-10-4, code de la securite sociale L431-1, code de procedure civile 11, code de la securite sociale L433-1, code de la sante publique R4127-4, code de la securite sociale R142-10-7). Sans IA : les citations relevées dans les décisions.
- 31 août 2026 · Tribunal judiciaire de Lille · Expertise · n° 25/01278
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Mise à jour de la source le 2026-08-31T18:13:20.253Z.